Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/213

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tuer ; mais c’est différent par ici, et j’aimerais mieux, je l’avoue, que tout ceci ne fût pas arrivé.

Pendant qu’il achevait ces mots, mon oncle et moi nous avancions et nous pénétrions dans le bois, suivis par Feu-de-la-Prairie, qui, s’imaginant par notre mouvement que tout allait bien, poussa à son tour un cri terrible comme pour démontrer que son silence était parfaitement calculé. La route décrivait une courbe au point où elle pénétrait dans la forêt, et étant bordée des buissons dont nous avons parlé, nous ne pûmes d’abord apercevoir ce qui se passait derrière la scène. Mais quand, nous eûmes dépassé le coude à l’endroit où avaient fait halte tous les wagons, le spectacle se déploya à nos yeux dans toute sa magnificence.

La déroute d’une grande armée ne pourrait être guère plus pittoresque. La route était couverte de chariots en pleine retraite. Chaque fouet était en activité, chaque cheval était lancé, la moitié des figures tournées en arrière, les femmes répondant par des cris aux hurlements des sauvages. Quant aux Indgiens, ils avaient instinctivement abandonné les bois, et s’étaient répandus sur le grand chemin, une course comme la leur demandant le plein air pour mieux se déployer. Quelques-uns avaient sauté dans les wagons, s’empilant au milieu des vertueuses femmes et filles des fermiers rassemblés pour discuter les meilleurs moyens de me dérober ma propriété. Mais pourquoi nous appesantir sur cette scène, puisque les exploits des Indgiens, durant les six dernières années, ont suffisamment prouvé que la seule chose dans laquelle ils excellent, est la fuite. Ce sont des héros, quand une douzaine d’entre eux peuvent saisir un seul homme pour le goudronner et l’emplumer, vaillants comme cent contre cinq ou six, et quelquefois meurtriers, quand chaque victime peut être tuée à coup sûr par cinq ou six balles à la fois. La lâcheté lente de ces misérables devrait les faire prendre en dégoût ; le chien qui à la chasse n’a de cœur qu’en meute, n’est au fond qu’un mâtin.

Je dois cependant ajouter un dernier détail : Holmes et Shabbakuk occupaient l’arrière-garde, et fouettaient à tour de bras leur bête, comme s’ils avaient laissé au petit Nest quelque objet de prix qui pouvait tomber dans d’autres mains. Le vieux Holmes ne cessait de regarder en arrière, comme s’il était poursuivi par les clauses de quarante baux. En moins de temps qu’il ne m’en a fallu pour écrire cette description, la route fut libre, et il n’y