Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/230

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Ils restèrent dix jours. Les chefs étaient tous Onondagoes, c’est-à-dire des guerriers de sa propre tribu. On disait alors qu’il y avait eu entre eux une espèce de réconciliation, quoique, je l’avoue, je ne pensai pas alors à m’en informer. On croyait généralement que mon beau-père et mon oncle, le porteur de chaînes, connaissaient tous deux l’histoire entière de Sans-Traces, quoique ni l’un ni l’autre ne me l’aient racontée. Je ne pense pas que votre grand-père la sût, ajouta-t-elle avec une certaine mélancolie, sans quoi je, l’eusse apprise. Mais cette première visite eut lieu peu de temps après que Susquesus et Jaaf eurent pris possession de leur cabane et l’on disait dans le temps que les étrangers ne restèrent si longtemps que dans l’espérance d’engager Sus à rejoindre sa tribu. Si tel était leur désir cependant, ils ne réussirent pas ; car le voilà maintenant, et le voilà où il a toujours été depuis qu’il est entré dans la hutte.

— Et la seconde visite, grand’mère ? Vous disiez qu’il y en avait trois.

— Oh ! racontez-nous-les toutes, madame Littlepage s’écria Mary avec feu, rougissant aussitôt de sa vivacité. Ma chère grand’mère sourit avec bienveillance, et reprit :

— Vous paraissez, mes enfants, avoir une égale sympathie pour ces hommes rouges et j’ai grand plaisir à satisfaire votre curiosité. La seconde visite solennelle que reçut Susquesus eut lieu l’année même de ta naissance, Hughes, et alors nous eûmes réellement peur de perdre le vieillard, tant son peuple fut pressant dans ses prières pour l’emmener. Mais il ne voulut pas ; il est toujours resté ici, et, il y a peu de semaines encore, il me disait qu’il y mourrait. Si les Indiens d’aujourd’hui espèrent mieux réussir, je suis sûre qu’ils seront bientôt détrompés.

— Il l’a dit également à mon père, ajouta Mary, qui lui a souvent parlé de la mort ; et a espéré ouvrir ses yeux aux vérités de l’Évangile.

— Et quel a été le résultat, mademoiselle Warren ? Ce serait une digne fin pour la carrière de ce bon vieillard.

— Je crains que le succès ne soit très-douteux, répliqua la charmante fille d’un ton de mélancolie. Au moins je sais que mon père a peu d’espoir. Sus l’écoute attentivement ; mais ne manifeste aucun autre sentiment que du respect pour l’orateur.

À ce moment, ma sœur et ses deux compagnes vinrent rejoindre