Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/263

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— Je ne veux pas me coucher cette nuit, s’écria Mary, ramenant sur ses épaules son léger châle de même qu’un vaillant guerrier aurait endossé son armure dans un moment de péril. Je ne me soucie pas du repos. Ils n’oseront certainement pas tenter ce crime. Avez-vous quelques craintes pour la maison, monsieur Littlepage ?

— On ne sait pas. La maison ne serait pas facilement incendiée par dehors, et je ne pense pas que nous ayons un ennemi au dedans. Les domestiques sont éprouvés, et je ne crois pas qu’aucun d’eux puisse être acheté. Je n’éprouve donc aucune inquiétude pour l’intérieur, quoique, je l’avoue, je ne puisse m’empêcher d’en concevoir de la part des ennemis extérieurs. Le feu est un si terrible adversaire, et à la campagne on a si peu de secours contre ses ravages ! Je ne vous demande plus de vous retirer, car je sais que vous ne voudriez pas, que vous ne pourriez pas dormir ; mais en allant de fenêtre en fenêtre pendant une heure, ou jusqu’à ce que je vous rejoigne, votre esprit sera occupé, et quelque tentative pourrait peut-être se trouver déjouée.

— Je le ferai, dit vivement Mary ; et si je découvre quelque chose, j’ouvrirai un côté des volets dans ma chambre. Vous pourrez alors voir la lumière, et en venant aussitôt à cette porte, vous m’y trouverez, et je vous communiquerai ce que j’aurai vu.

Ces conventions faites, j’allai rejoindre Mille-Langues qui se tenait dans les ombres du portique, où il ne pouvait être vu que de tout près. Après une courte explication, nous nous séparâmes, l’un suivant le côté nord des bâtiments, l’autre le côté sud, afin de nous assurer qu’il n’y avait aucun incendiaire à l’œuvre sur les deux ailes.

Au surplus, pour une tentative de ce genre, notre maison avait beaucoup moins à craindre que la plupart des autres maisons américaines. La bâtisse étant en pierre, présentait à l’extérieur peu de matériaux inflammables. Il y avait, il est vrai, outre les deux portes déjà décrites, une grande barrière assez spacieuse pour admettre une charrette dans la cour intérieure ; et au-dessous de l’arche un incendiaire pouvait faire un essai. Mais là même il y avait peu de bois, et une fois la barrière brûlée, il ne restait plus d’aliment pour les flammes. J’examinai cependant l’endroit avec soin, et voyant tout en sûreté dé mon côté, j’allai rejoindre l’interprète qui devait me rencontrer au pied d’un grand hêtre, dont