Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/271

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Opportunité aussi avait reçu une quasi-éducation beaucoup plus prétentieuse que celle de ma sœur Patt, mais rien ne lui avait été bien enseigné, pas même la lecture, car elle avait une affreuse prononciation provinciale qui m’agaçait les nerfs ; mais Opportunité avait quelques bons sentiments, et ne pouvait soupçonner les intentions de son frère quand elle me fit son importante révélation, et elle allait probablement tomber dans le désespoir en apprenant ce résultat inattendu de ses propres démarches.

Pendant que je faisais ces réflexions, je fus appelé vers ma grand’mère. Elle était dans sa chambre environnée des quatre demoiselles ; Mary Warren seule était en toilette régulière, mais les autres, avec une coquetterie instinctive, s’étaient enveloppées dans de grands châles, de manière à paraître plus belles que jamais. Quant à ma grand’mère, elle avait appris que la maison était en sûreté, mais elle avait un vague désir de me voir, qui était peut-être naturel dans les circonstances présentes.

— L’état du pays est effrayant, dit-elle, quand je lui eus fait savoir quels étaient les prisonniers, et nous pouvons à peine rester ici en sûreté. Penser que l’un des Newcome, que Sénèque avec son éducation et sa profession puisse être engagé dans un tel crime !

— Oh ! grand’mère, dit Patt un peu vivement, je ne vous ai jamais entendu dire beaucoup de bien des Newcome, et vous ne tolériez Opportunité que dans l’espoir de la rendre meilleure.

— Il est vrai que la race est mauvaise, et les circonstances montrent quel mal peut produire dans une famille une série de fausses notions transmises de père en fils pendant plusieurs générations. Nous ne pouvons songer, Hughes, à garder ces demoiselles ici, une heure de plus que la journée de demain. Demain, ou plutôt aujourd’hui, car il est plus de deux heures, c’est dimanche et nous pourrons aller à l’église. Le soir nous ferons bonne garde, et lundi matin mon oncle partira pour Satanstoe avec ces trois demoiselles.

— Je ne quitterai pas ma chère grand’mère, dit Patt, et je ne pense pas qu’il soit bien aimable de laisser Mary Warren derrière nous dans un endroit comme celui-ci.

— Je ne puis quitter mon père, dit Mary d’un air tranquille et ferme, il est de son devoir de rester avec ses paroissiens, surtout aujourd’hui qu’il y en a parmi eux qui sont égarés ; et c’est aussi pour moi un devoir et un plaisir de rester avec lui.