Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/284

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tout mon cœur que la coutume fût adoptée ici. Mais il n’est pas absolument vrai que tout le monde se tienne pèle-mêle dans les églises du vieux continent. Le seigneur de l’ancien régime, en France, avait habituellement son banc, et dans aucun pays les hauts fonctionnaires de l’État ne se mêlent avec la masse des fidèles, à moins que ce ne soit dans une société choisie. Il est vrai que dans la plupart des églises romaines, une duchesse se confond avec la foule mais ce n’est que dans les grandes villes où il y a trop de gens élevés pour que tous puissent avoir des sièges privilégiés. Dans les campagnes, il y a presque toujours des bancs séparés pour les grands du voisinage. Nous ne sommes pas à cet égard aussi mauvais que nous nous l’imaginons, quoique nous puissions être mieux.

— Mais tu avoueras, mon frère, qu’un banc avec un dais n’est pas bien convenable dans ce pays.

— Pas plus dans ce pays que dans tout autre. Je conviens que c’est déplacé dans tout édifice religieux, où les petites distinctions créées par les hommes devraient disparaître en présence de Dieu. Mais dans ce pays, je vois naître une tendance à l’envie qui voudrait partout refuser des récompenses, des honneurs et de la considération à ceux-qui le méritent le mieux. Dès qu’un homme s’élève au-dessus de la foule, il devient le point de mire de tous les outrages, comme s’il était exposé au pilori, comme si ses concitoyens ne voulaient tolérer aucune différence, même dans la grandeur morale.

— Comment concilier cela avec le grand nombre de Catons, de Brutus, et même de Gracchus, que l’on rencontre parmi nous ? demanda Mary Warren d’un air malicieux.

— Oh ! ceux-là sont seulement des instruments de parti, de grands hommes pour la parade. On s’en sert dans l’intérêt des factions, et ils sont grandis pour certaines occasions. C’est pour cela que les neuf dixièmes des Catons dont vous parlez sont oubliés, même de nous, à chaque lutte politique. Mais qu’un homme s’élève indépendamment du peuple, et vous verrez comme le peuple le traitera. C’est ainsi qu’il en est pour mon banc surmonté du dais ; c’est un grand banc, il est devenu grand sans l’intervention de la multitude, et par conséquent la multitude ne veut pas le tolérer.

Les demoiselles se mirent à rire de cette saillie, comme rient