Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/305

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rons vivre la-dessus avec économie, en supposant que les choses en viennent au pire.

— Il est étrange d’entendre un Américain parler de chercher un refuge dans quelque endroit du vieux monde.

— Si les choses continuent comme elles vont depuis dix ans, tu l’entendras souvent. Jusqu’ici les riches de l’Europe ont été dans l’habitude de mettre de côté quelques fonds en Amérique pour les mauvais jours ; mais bientôt le temps viendra, à moins de grands changements, où les riches de l’Amérique rendront le compliment. Nous sommes plus mal placés sous beaucoup de rapports que si nous étions à l’état de nature, ayant les mains liées par la responsabilité qui appartient à notre position sociale, tandis que ceux qui nous attaquent n’ont aucune contrainte. Ils choisissent les magistrats qui sont dans leurs intérêts, ils nomment les shérifs qui doivent veiller à l’exécution des lois. La théorie suppose que le peuple est assez vertueux pour bien remplir ces devoirs, mais aucune mesure n’a été prévue pour le cas où le peuple s’égarerait en masse.

— Nous avons nos gouverneurs et nos maîtres à Albany, Monsieur.

— Oui, nous avons nos gouverneurs et nos serviteurs à Albany, et les voilà calmes et indifférents ! Une seule proclamation du gouverneur de cet État, une seule, claire, énergique et résolue, aurait suffi pour réveiller les bons sentiments de la communauté et pour triompher de l’esprit de révolte ; mais quelque faible que fût ce tribut accordé au bon droit, il n’a jamais été payé, et il ne le sera jamais jusqu’à ce que nous soyons débarrassés des patriotes superfins, jusqu’à ce que nous remettions les fonctions importantes entre les mains des hommes de la vieille école, des gentlemen qui ne sont guidés que par des principes élevés. Que le ciel me préserve des citoyens ultra-patriotiques et ultra-vertueux ! il ne faut attendre d’eux rien de bon.

— Je crois, Monsieur, que le meilleur moyen est de vous persuader que nous avons atteint le point extrême de la réaction, et de nous tenir prêts à nous soumettre aux pires événements.

Après quelques mots de plus à ce sujet, nous nous séparâmes, et je puis dire que je n’ai jamais de ma vie dormi plus profondément. Si je devais perdre ma propriété, c’était un malheur que d’autres avaient souffert sans en mourir, et pourquoi n’en ferais-je