Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/322

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— Oui ; vous êtes prodigieusement changée ; je dois dire ça pour vous, miss Dus. Je suis souvent surpris moi-même qu’une si jeune dame change aussi vite.

— Ah ! Jaaf, quoique le temps puisse vous sembler court à vous qui êtes bien plus âgé que moi, quatre-vingts ans sont un lourd fardeau à porter. J’ai pour mon âge une excellente santé ; mais le temps fera bientôt sentir sa puissance.

— Je me souviens de vous, miss Dus, lorsque vous étiez comme cette jeune demoiselle-là (indiquant Patt). Maintenant vous semblez prodigieusement changée. Le vieux Sus, aussi terriblement changé depuis peu, peut pas aller loin, je pense. Mais l’Indien n’a jamais une grande vigueur réelle en lui.

— Et vous, ami, dit ma grand’mère en se tournant vers Susquesus qui était resté immobile pendant qu’elle parlait à Jaaf, voyez-vous aussi un grand changement en moi ? J’ai connu Jaaf, et vos souvenirs de moi doivent remonter presque jusqu’à mon enfance, lorsque je demeurais d’abord dans les bois, en compagnie de mon cher et excellent oncle, le porte-chaîne.

— Pourquoi Susquesus oublierait-il la petite fauvette ? sa chanson est encore dans mon oreille. Aucun changement du tout chez la petite fauvette, aux yeux de Susquesus.

— Ceci est au moins galant et digne d’un chef Onondago. Mais, mon digne ami, le temps laisse sa marque même sur les arbres, et nous ne pouvons espérer d’être toujours épargnés.

— Non ; l’écorce est tendre sur jeune arbre ; dure sur vieil arbre. Jamais oublier porte-chaîne. Même âge que Susquesus, plus vieux même. Brave guerrier ; homme bon. Le connaître quand il était jeune chasseur. Il était là quand cela est arrivé.

— Quand quoi est arrivé, Susquesus ? J’ai longtemps désiré savoir ce qui vous a séparé de votre peuple, et pourquoi vous, homme rouge de cœur et d’habitudes jusqu’à vos dernières années, vous avez vécu si longtemps parmi nous autres faces pâles, loin de votre tribu. Je comprends pourquoi vous nous aimez, pourquoi vous voulez passer le reste de vos jours au milieu de cette famille ; car je connais toutes les traverses que nous avons subies ensemble, et vos liaisons avec mon beau-père et avec son beau-père aussi. Mais la raison qui vous a fait quitter votre peuple si jeune, et vous a fait vivre pendant près de cent ans loin de lui, voilà ce que je voudrais connaître avant que l’ange de la mort me fasse entendre sa voix.