Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/341

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commerce. Que veulent ici ces démons en calicot, dites mademoiselle Patty ? Il y a des Peaux-Rouges aussi ; deux, trois, quatre, tous venus pour voir Sus. Pourquoi nègres ne viennent-ils pas me voir ? Vieux noir aussi bon que vieux rouge. Où ces gens ont-ils pris tout ce calicot pour mettre sur leur visage. Maître Hodge, que veut dire tout cela ? »

« Ceux-ci sont les anti-rentistes, Jaaf, répondit froidement mon oncle : des hommes qui veulent prendre les fermes de ton jeune maître Hughes, et lui épargner l’embarras de recevoir ses rentes. Ils couvrent leurs figures, je suppose, pour cacher leur rougeur ; leur modestie naturelle se révélant par le sentiment de leur propre générosité. »

Quoiqu’il fût probable que Jaaf ne comprît pas la moitié de ce qu’on lui disait, il en avait cependant saisi la majeure partie, parce que son esprit ayant été frappé de ce sujet deux ou trois ans auparavant, il en était resté une impression durable. Mais l’effet des paroles de mon oncle fut visible parmi les Indgiens, qui semblèrent vouloir faire un mouvement. Cependant soit crainte, soit prudence, ils reprirent leur calme, et Jaaf continua en les apostrophant rudement :

« Que veux-tu ici, garnement ? Va-t’en, retourne chez toi. Oh ! je deviens si vieux ! je voudrais avoir la force de ma jeunesse pour te la faire sentir, vermine ! Que veux-tu de la terre de maître Hughes ? Pourquoi penses-tu à prendre la propriété d’un gentleman, eh ? Rappelle-toi le temps où ton père vint supplier auprès de maître Mordy pour obtenir un petit bout de ferme, pour devenir son tenancier, pour travailler pour la famille ; et maintenant tu viens dans tes haillons de calicot pour dire à maître Hughes qu’il ne sera plus maître de sa propre terre. Qui es-tu, je voudrais le savoir, pour venir parler ce langage à un gentleman ! Va-t’en ! hors d’ici, ou je te ferai entendre des paroles que tu n’aimeras pas. »

On n’aurait pu s’empêcher de sourire, malgré la gravité des circonstances, en voyant le sérieux des Indiens pendant cet étrange épisode. Pas un d’eux ne tourna la tête, ou ne manifesta la moindre impatience, la moindre curiosité. La présence de deux cents hommes armés, habillés de calicot, ne leur fit pas lever les yeux, quoique, selon toute probabilité, ils se tinssent parfaitement sur leurs gardes.