Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/346

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s’avancer, ce qui amena aussi la jeune fille auprès du vieillard.

— Voyez, mes enfants, reprit Susquesus. Voici un grand médecin des Faces-Pâles. Il parle toujours du Grand Esprit et de sa bonté pour les hommes. Ses fonctions consistent à parler des heureuses terres de chasse, et des bons et des méchants parmi les Faces-Pâles. Je ne puis vous dire s’il fait du bien ou non. Beaucoup d’hommes parlent de ces choses parmi les blancs, mais je ne vois que peu de changement, et j’ai vécu parmi eux plus de quatre-vingts hivers, oui, près de quatre-vingt-dix. La terre est tellement changée, que je la reconnais à peine ; mais les hommes ne changent pas. Regardez là ; voilà des hommes, des Faces-Pâles dans des sacs de calicot. Pourquoi rôdent-ils ainsi, déshonorant l’homme rouge en s’appelant Indgiens ? Je vais vous le dire.

Il se fit alors un mouvement très-prononcé parmi les « vertueux travailleurs », quoique le désir d’entendre jusqu’au bout le vieillard empêchât pour le moment toute interruption violente.

— Ces hommes ne sont pas des guerriers, Ils cachent leurs figures et portent des fusils ; mais ils n’effraient que les squaws et les papooses. Quand ils prennent une chevelure, c’est parce qu’il sont cent contre un ennemi. Ils ne sont pas braves. Pourquoi viennent-ils ? Que veulent-ils ? Ils veulent la terre du jeune chef. Mes enfants, toute la terre qui s’étend autour de nous, de près et de loin, était à nous. Les Faces-Pâles vinrent avec leurs papiers et firent des lois, et dirent : « C’est bien ! nous voulons cette terre. Il y en a beaucoup vers l’océan pour les hommes rouges. Allez là, chassez, péchez, semez votre blé, et laissez-nous cette terre. » Nos frères rouges firent ce qu’on leur demandait. Les Faces-Pâles eurent ce qu’ils désiraient. Ils firent des lois et vendirent la terre comme les hommes rouges vendaient les peaux de castors. Quand l’argent fut payé, chaque Face-Pâle eut un contrat, et crut qu’il était propriétaire de toute la terre qu’il avait payée. Mais le méchant Esprit qui chassa l’homme rouge est maintenant sur le point de chasser les chefs des Faces-Pâles. C’est le même démon, ce n’en est pas un autre. Il voulait de la terre alors, il veut de la terre aujourd’hui. Il y a une différence, et la voici : Lorsque les Faces-Pâles chassèrent les hommes rouges, il n’y avait pas de traité entre eux. Ils n’avaient pas fumé ensemble, ni donné un wampum, ni signé un papier. S’ils le firent, c’était pour convenir que l’homme rouge partirait et que les Faces-Pâles reste-