Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/42

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— Mais précisément quoi ?

— Précisément comme vous le dites.

— Je demande s’il est seul ou en compagnie ?

— Comme vous le dites, monsieur. Donnez-vous la peine d’entrer, et il sera charmé de vous voir. C’est un beau gentilhomme, que son honneur, et il y a plaisir à demeurer avec lui, j’en réponds.

— Depuis combien de temps, camarade, avez-vous quitté l’Irlande ?

— Oh ! c’est un fier long temps, vot’ honneur, répondit Barney en fermant la porte ; s’il n’y a treize semaines, il n’y a pas un jour.

— Eh bien, marchez devant et montrez-nous le chemin. Voici, Hughes, un fâcheux augure : Jack Dunning changer son domestique ! le bon, tranquille, paresseux, respectable vieux Garry le nègre, remplacé par ce coureur de marais qui grimpe cet escalier comme s’il n’était accoutumé qu’à des échelles !

Dunning était au second étage, dans sa bibliothèque, où il passait la plupart de ses soirées. Sa surprise fut égale à celle que venait de manifester mon oncle, lorsqu’il nous vit tous deux debout devant lui. Cependant, un geste significatif nous recommanda le silence, pendant qu’il serrait vivement la main de son ami et client, et aucun mot ne fut articulé jusqu’à ce que le suisse eût quitté la chambre, ce que le gaillard ne fit qu’avec répugnance, se tenant longtemps debout contre la porte entr’ouverte, d’une manière assez inconvenante, pour entendre les premiers mots de l’entrevue.

Enfin il nous délivra de sa présence, et la porte se ferma.

— Mes dernières lettres vous ont ramené au pays, Roger ? dit Jack aussitôt qu’il put parler, car l’émotion non moins que la prudence avait arrêté sa voix.

— Comme vous le dites. Il faut qu’il y ait de grands changements dans le pays, d’après ce que j’ai appris ; et un des plus fâcheux symptômes, c’est de voir que vous ayez congédié Garry pour mettre à sa place un Irlandais.

— Ah ! les vieux hommes doivent mourir aussi bien que les vieux principes. Mon pauvre nègre s’est en allé la semaine dernière dans une convulsion, et j’ai pris cet Irlandais comme un pis-aller. Après la perte de mon fidèle Garry, qui était né esclave