Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/63

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souvent, dans ses lettres, entretenu du père et de la fille, et il me semblait que je les connaissais de longue date. M. Warren était un homme de bonne famille, et d’une solide éducation, mais sans fortune. Il était entré dans les ordres par vocation et contre le gré de ses parents. Comme prédicateur, il n’avait pas obtenu de grands succès ; mais pour l’accomplissement de ses devoirs, personne ne s’en acquittait mieux, et personne n’était plus respecté. La cure de Saint-André, à Ravensnest, eût été d’un bien médiocre rapport, si l’on n’eût compté que sur les contributions des paroissiens Ces derniers donnaient entre eux environ cent cinquante dollars par an. J’en donnais pour ma part cent autres, et ils avaient été régulièrement servis pendant ma minorité ; ma grand’mère et ma sœur en offraient aussi cinquante. Mais à la cure était annexée une pièce d’excellente terre, d’environ cinquante acres, un petit bois, et l’intérêt d’un capital inaliénable de deux mille dollars ; le tout provenant de donations faites par mon grand-père. En somme, la cure pouvait valoir cinq cents dollars par an, outre une maison, des pâturages, du bois, des légumes et quelques autres petits avantages. Peu de curés de campagne jouissaient d’une aisance égale à celle du recteur de Saint-André à Ravensnest, et cela par suite des habitudes féodales et aristocratiques des Littlepage ; peut-être serait-il plus sage de ma part de ne pas faire cet aveu dans des jours comme les nôtres.

Mes lettres m’avaient appris que M. Warren était veuf, que Mary était son unique enfant, qu’il était un homme vraiment pieux, et un ecclésiastique zélé, d’une grande simplicité de mœurs, d’une grande intégrité d’esprit, aimant son prochain naturellement et par principe.

Sa fille m’avait été représentée comme une personne d’un caractère charmant, modeste, douce et spirituelle. Grâce à la libéralité et à l’affection d’une tante, veuve, elle avait reçu une éducation bien supérieure ce qu’on pouvait attendre des médiocres ressources de son père. En un mot, c’était une charmante voisine, et sa présence à Ravensnest avait donné un nouveau charme aux visites annuelles de Marthe au « vieux manoir » (bâti en 1785). Tel est le résumé de l’histoire et des qualités de la famille Warren, tel que me l’avait fait connaître ma sœur dans une correspondance de cinq ans. Il me semblait même qu’elle montrait plus d’affection pour Mary Warren que pour les deux pupilles de son oncle.