Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/64

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Toutes ces réminiscences traversèrent rapidement mon esprit, au moment où M. Warren se faisait connaître ; mais il sembla frappé aussi vivement que moi de cette coïncidence qui nous appelait vers la même localité. Quant à ce qu’en pensait Mary elle-même, je n’eus aucun moyen de le vérifier.

— C’est assez singulier, reprit M. Warren ; quel intérêt dirige vos pas vers Ravensnest ?

Ils disent à mon oncle que c’être un pon endroit pour fendre beaucoup de montres.

— Vous avez donc un oncle ? Ah ! je le vois là, dans la rue, présentant une montre à un monsieur. Votre oncle est-il aussi un linguiste, et a-t-il été aussi bien élevé que vous semblez l’être ?

— Certainement. Il être beaucoup plus chentilhomme que ce chentilhomme auquel il fend maintenant une montre.

— Ce doit être, s’écria assez vivement Mary, ces deux personnes dont nous a parié M. Newcome, ces deux… elle n’osa dire colporteurs, marchands de montres et de bijoux, qui avaient l’intention de visiter notre endroit.

— Vous avez raison, ma chère, et la chose est claire. M. Newcome a dit qu’ils devaient le rejoindre à Troie, et que nous prendrions ensemble convoi jusqu’à Saragota. Mais je vois venir Opportunité elle-même, et son frère ne doit pas être loin.

Et au même instant, en effet, mon ancienne connaissance, Opportunité Newcome fit son entrée dans le parloir avec un air de grand contentement d’elle-même et une nonchalance de manières qu’elle prenait pour de la dignité. Je tremblais d’être reconnu malgré mon déguisement car, pour être franc sur un sujet très délicat, Opportunité avait fait une guerre si vive à mon pauvre cœur, que nécessairement son instinct féminin et son désir de devenir la châtelaine de Ravensnest avait dû lui faire connaître ces mille particularités personnelles qui ne permettent pas d’oublier la figure ou les manières de ceux qu’on a fréquentés longtemps et souvent.