Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 6, 1839.djvu/79

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Lorsque cet enfant des forêts s’approcha de la compagnie, on s’écarta pour lui permettre d’avancer vers celui qui était évidemment l’objet de sa visite. Il s’arrêta devant lui, mais sans lui parler, fixant ses yeux étincelants sur sa blessure, et les tournant ensuite vers le juge avec une attention marquée.

M. Temple fut surpris de ce jeu muet de l’Indien, qui était ordinairement calme, soumis et comme affectant une espèce d’impassibilité. Cependant il lui dit en lui présentant la main :

— Tu es le bienvenu, John. Ce jeune homme paraît avoir une haute opinion de ton savoir, puisqu’il te préfère même à notre bon ami le docteur Todd pour panser sa blessure.

Mohican lui répondit en assez bon anglais, mais d’un ton bas, monotone et guttural.

— Les enfants de Miquon n’aiment pas la vue du sang ; et cependant ce jeune aigle a été frappé par la main qui aurait dû s’abstenir de lui faire le moindre mal.

— Mohican ! vieux John ! s’écria le juge avec une sorte d’horreur, et en tournant sa physionomie franche et ouverte du côté du blessé, comme pour en appeler à lui-même ; crois-tu donc que ma main ait jamais répandu volontairement le sang d’un homme ? Fi ! fi ! la religion devrait t’apprendre à juger plus favorablement de ton prochain.

— Le malin esprit s’introduit quelquefois dans le meilleur cœur, dit John d’un ton expressif, fixant toujours les yeux sur le juge, comme pour chercher à lire dans le fond de ses pensées ; mais mon frère dit la vérité ; sa main n’a jamais ôté la vie à personne, non pas même quand les enfants de notre puissant père d’Angleterre rougissaient les eaux de nos rivières du sang de son peuple.

— Bien sûrement, John, dit M. Grant avec douceur, vous n’avez pas oublié le précepte de notre divin Sauveur : — Ne jugez pas, pour ne pas être jugé. — Quel motif aurait pu avoir le juge Temple pour blesser un jeune homme qui lui est inconnu, dont il n’a à attendre ni bien ni mal ?

L’Indien l’écouta avec respect, sans cesser d’examiner avec attention la physionomie de M. Temple, et lorsque le ministre eut cessé de parler il tendit la main au juge, et dit avec énergie :

— Il est innocent. Mon frère n’a pas eu de mauvaises intentions.

Marmaduke reçut avec un sourire de bienveillance la main qui