Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/145

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ACTE II, SCENE III. 133


L’Infante.

Rodrigue a du courage. Il a trop de jeunesse.


Chimène.

Les hommes valeureux le sont du premier coup.


L’Infante.

Tu ne dois pas pourtant le redouter beaucoup :
Il est trop amoureux pour te vouloir déplaire,
Et deux mots de ta bouche arrêtent sa colère.


Chimène.

S’il ne m’obéit point, quel comble à mon ennui !
Et s’il peut m’obéir, que dira-t-on de lui ?
Étant né ce qu’il est, souffrir un tel outrage !
Soit qu’il cède ou résiste au feu qui me l’engage,
Mon esprit ne peut qu’être ou honteux ou confus
De son trop de respect, ou d’un juste refus.


L’Infante.

Chimène a l’âme haute, et quoique intéressée,
Elle ne peut souffrir une basse pensée ;
Mais si jusques au jour de l’accommodement
Je fais mon prisonnier de ce parfait amant,
Et que j’empêche ainsi l’effet de son courage,
Ton esprit amoureux n’aura-t-il point d’ombrage ?


Chimène.

Ah ! Madame, en ce cas je n’ai plus de souci.

 1.Var. Souffrir un tel affront, étant né gentilhomme !
Soit qu’il cède ou résiste au feu qui le consomme. (1637-44)
2. Var. Chimène est généreuse, et quoiqu’intéressée,
Elle ne peut souffrir une lâche pensée. (1637-56)
3. Var. Ah ! Madame, en ce cas je n’ai point de souci. (1637 in-12)