Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/360

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348 HORACE

Et les nœuds de l’hymen, durant nos bons destins,
Ont tant de fois uni des peuples si voisins,
Qu’il est peu de Romains que le parti contraire
N’intéresse en la mort d’un gendre ou d’un beau-frère,
Et qui ne soient forcés de donner quelques pleurs,
Dans le bonheur public, à leurs propres malheurs.
Si c’est offenser Rome, et que l’heur de ses armes
L’autorise à punir ce crime de nos larmes,
Quel sang épargnera ce barbare vainqueur,
Qui ne pardonne pas à celui de sa sœur,
Et ne peut excuser cette douleur pressante
Que la mort d’un amant jette au cœur d’une amante,
Quand près d’être éclairés du nuptial flambeau,
Elle voit avec lui son espoir au tombeau ?
Faisant triompher Rome, il se l’est asservie ;
Il a sur nous un droit et de mort et de vie ;
Et nos jours criminels ne pourront plus durer
Qu’autant qu’à sa clémence il plaira l’endurer.
Je pourrois ajouter aux intérêts de Rome
Combien un pareil coup est indigne d’un homme ;
Je pourrois demander qu’on mît devant vos yeux
Ce grand et rare exploit d’un bras victorieux :
Vous verriez un beau sang, pour accuser sa rage,
D’un frère si cruel rejaillir au visage :
Vous verriez des horreurs qu’on ne peut concevoir ;
Son âge et sa beauté vous pourroient émouvoir ;
Mais je hais ces moyens qui sentent l’artifice.


Ont uni si souvent des peuples si voisins,
Peu de nous ont joui d’un succès si prospère,
Qu’ils n’aient perdu dans Albe un cousin, un beau-frère.
Un oncle, un gendre même, et ne donnent des pleurs. (1641-56)

1. L’édition de 1655 A. porte trouble, au lieu de bonheur.
2. Var. Et ne peut excuser la douleur véhémente. (1641-36)
3. Les éditions de 1641 et de 1660 ont seules rejaillir : toutes les autres portent rejallir.