Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/429

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Mon ardeur inconnue, avant que d’éclater,
Par quelque grand exploit la voulait mériter :
Cependant par mes mains je vois qu’il me l’enlève
Son dessein fait ma perte, et c’est moi qui l’achève
J’avance des succès dont j’attends le trépas,
Et pour m’assassiner je lui prête mon bras.
Que l’amitié me plonge en un malheur extrême&#160 ; !


Euphorbe

L’issue en est aisée agissez pour vous-même
D’un dessein qui vous perd rompez le coup fatal
Gagnez une maîtresse, accusant un rival.
Auguste, à qui par là vous sauverez la vie,
Ne vous pourra jamais refuser Emilie.


Maxime

Quoi&#160 ; ! trahir mon ami&#160 ; !


Euphorbe

L’amour rend tout permis
Un véritable amant ne connaît point d’amis,
Et même avec justice on peut trahir un traître,
Qui pour une maîtresse ose trahir son maître.
Oubliez l’amitié, comme lui les bienfaits.


Maxime

C’est un exemple à fuir que celui des forfaits.


Euphorbe

Contre un si noir dessein tout devient légitime
On n’est point criminel quand on punit un crime.


Maxime

Un crime par qui Rome obtient sa liberté&#160 ; !


Euphorbe

Craignez tout d’un esprit si plein de lâcheté.
L’intérêt du pays n’est point ce qui l’engage