Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/100

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Lxxxvi ÉTUDE

Mais que ce père dont elle dépend s'avise de contrarier soo choix, Daplinis saura le regarder en face, et s'écrier, avec une résolution qu'on n'attendait pas d'elle :

Daphnis épousera Florame, ou le tombeau*.

Ainsi, d'un côté, une soumission plus apparente que réelle; de l'autre, une autorité plus amicale qu'impérieuse, plus paterne que vraiment paternelle, une autorité toujours respectée, pas toujours obéie, mais jamais annihilée en somme. Le trait vaut la peine qu'on le relève : il n'y a pas une seule des comédies de Corneille où la révolte des enfants contre les parents soit ouverte, pas une seule où l'autorité du chef de famille soit définitivement abaissée. Ni oppression, ni anarchie : le poète sait comprendre tous les devoirs et concilier tous les droits.

Il n'y a point, d'ailleurs, trop de peine; car il n'a pas atTaire à des caractères exaltés, à qui s'impose la loi fatale de la passion, et qui, dans leur ardeur à l'accepter, que dis-je? à courir au devant d'elle, abdiquent toute personnalité distiucte, heureux de s'agiter dans une sorte d'inconscience. Non, les personnages de Corneille ne sont ni anglais, ni espagnols, ils sont bien français: jetés en pleine crise, ils ne perdent jamais la possession d'eux- mêmes; ils raisonnent plus qu'ils ne s'émeuvent. Les femmes mêmes qu'il nous peint ont moins d'imagination et de sensibilité que de raison, plus de tête que de cœur. Elles sont tendres, mais sans s'abandonner tout entières à leur tendresse; elles sont sincères, mais rarement au point de livrer du premier coup tout leur secret, sans retour possible. Leur grande, leur unique affaire, c'est le mariage; pour atteindre ce but toujours présent devant leurs yeux, elles déploient les savantes ressources d'une diplomatie féminine qui, presque jamais, n'est déçue. Je ne vois guère que l'Angélique de la Place Royale, qui, au dénouement, s'obstine à préférer le cloître au mariage; mais quoi! Angélique est une imprudente qui a donné son cœur « tout entier «, qui rêve « l'union de deux âmes 2 », et que la trahison d'Alidor, après taut de pardons si facilement donnés, blesse au cœur. Encore, même irritée, saura-t-elle fort Wen « ce qu'il faut dire

1. La Suivante, V, 8.

2. La. Place Royale, I, 1.

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