Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/138

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ETUDE SUR MÉDÉE

��Qu'à ses plus grands malheurs aucun ne compatisse : Qu'il ait regret à moi pour son dernier supplice. Et que mon souvenir jusque dans le tombeau Attache à son esprit un éternel bourreau. Jason me répudie! et qui l'aurait pu croire"? S'il a manqué d'amour, nianque-t-il de mémoire? Me peut-il bien quitter après tant de bienfaits? M'ose-t-il bien quitter après tant de forfaits?

Les premiers vers, d'une éloquence uu peu euipliatique, peu- vent être revendiqués par Sénèque, bien que Corneille lésait, pour ainsidire, transfigurés ; mais les derniers, si pleinsetsi sobresd'ex- pression, si vraiment tragiques, n'appartiennent qu'à Corneille. De même pour le fameux 3/o/ de Médée, qu'on a si souvent loué et si sou- vent hors de propos. Déjà criminelle, mais peu satisfaite de ce « faible apprentissage », Médée s'excite par le souvenir de ses crimes anciens à « faire un chef-d'œuvre >- nouveau. Sa suivante Nérinc — car le personnage de la nourrice, déjà banni par Corneille de la comédie, eût déshonoré, semble-t-il, la dignité de la tragédie française, — s'efforce de l'apaiser et ne réussit qu'à exaspérer sa fureur. Qu'importent les périls ! Elle les affronte et les provoque :

L'âme doit se raidir, plus elle est menacée,

Kt contre la fortune aller tête baissée...

— Votre pays vous hait, votre époux est sans foi :

Dans un si grand revers que vous reste-t-il? — Moi :

Moi, dis-je, et c'est assez.

��Certes, il y a dans un pareil trait une énergie qui touche au sublime ; mais y faut-il voir la révélation soudaine du génie de Corneille ? Ne suffît-il pas d'y admirer l'art souverain et déjà tout personnel avec lequel le poète sait s'approprier les beautés et repenser, pour ainsi dire, les pensées de ses prédécesseurs ? << Medea superest! » s'était écriée la Médée de Sénèque, et la Péruse avait déjà traduit : u Je reste encor! » Qu'a donc fait Corneille ? il a pris l'idée et changé le tour : comme le tour a chez lui plus de vivacité, l'idée a plus d'éclat et le trait plus d'énergie. Mais, à côté, combien d'autres idées, d'autres tours et d'autres traits portent encore la marque trop visible de leur origine !

Acte II. — C'est encore l'influence de Sénèque qui gâte toute la première partie du second acte. Deux personnages nous sont présentés dans cet acte, et tous les deux sont plus ou moins ridi- cules. Créon, roi de Corinthe, paraît le premier, après une scène où Médée a laissé voir à Nérine qu'elle aimait encore Jason et

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