Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/195

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INTRODUCTION 21

L'homme et le chrélîen. — Deux sentiments surtout parais- sent avoir été exagérés, sinon créés de loules pièces, chez 1< Cid légendaire : la bonté de l'homme et la piété du chrétien. Fierté du parvenu, franchise du soldat qui se sait nécessaire, fougue impétueuse du jeune homme, dévouement du fils et promptitude à venger l'honneur paternel, superbe indiffé- rence du héros du devoir en face de l'amour et fidélité immuable du mari de Chimène à la foi conjugale, il a tout cela sans doute. L'admiration populaire accumule les quali- ficatifs sonores sans pouvoir s'en rassasier : c'est « l'effroi des Maures, la gloire de l'Espagne, l'invincible, la foudre des batailles, le bon Cid Campeador, le défenseur de la pairie, le modèle des capitaines, le châtiment des traîtres »; mais c'est surtout « le bon Cid )>. L'emphase espagnole s'etluice parfois de le transformer en demi-dieu : « Le Cid monta avec les siens au faite d'une tour aussi élevée que ses nobles pensées, égales des étoiles ». Mais descendons avec lui de ces hauteurs, nous n'aurons plus en face de nous, pour parler bourgeoisement, qu'un bon fils, un bon époux, un bon père, un bon sujet (pas toujours), un bon maître. Rien de plus louchant, par exemple, que son affec- tion pour son cheval Babiéça', compagnon fidèle qu'il traite en ami, et qui le mérite : Babiéça n'est pas seulement, en effet, un cheval digne du Cid et qui fait l'admiration des connaisseurs par ses rares qualités, c'est un être intelligent qui s'associe à la tristesse du héros, qui reçoit son cadavre «vec un hennissement de douleur. Longtemps à l'avance, Je maitre a songé à l'avenir du serviteur : « Si Dieu permet que Babiéça, mon fidèle coursier, revienne sans son maître hennir à votre porte, ouvrez-lui, cau'essez-le, et donnez-lui une ration entière, car quiconque sert un bon maître doit attendre une bonne récompense ». Et il demande, dans son testament, que Babiéça soit enseveli un jour non loin de l'endroit où il reposera lui-même.

Dans ce testament, où il lègue une partie de ses biens aux pauvres, il recommande son àme à Dieu et le supplie de la recevoir dans son royaume. Depuis longtemps il s'est préparé a la mort ; car sa mère, il le sait, l'a engendré mortel Comme il a toujours combattu pour le christianisme (por /a/'. cristiana) contre les nmisumans, il est sans incjuiétude, et ■ n'a point tort, puisciue saint Pierre lui-même vient lui an- noncer que son heure est venue Même après qu'il n'est plus,

��1. Babiiç; en espagnol, li^nifîe nigawi.

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