Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/223

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INTRODUCTION ♦»

encore le temps d'être l'amant idéal, et que l'admirable entrevue du cinquième acte a sa place entre deux combats « Chez Corneille, disait Fauriel, on dirait que tous les person- na'^es travaillent à l'heure, tant ils sont pressés de faire le plus de choses dans le moins de temps. »

Pourtant, grâce aux invraisemblances accumulées, l'unité (le temps était saine et sauve. Il n'en était pas de même pour l'unité de lieu. Où se passe l'action du Cid? Partout el nulle part. Les personnages entrent et sortent sans s'aper- cevoir. En reconnaissant que l'unité de lieu ne lui a pas « donné moins de gêne » que l'unité de temps. Corneille écrit : « Tout s'y passe dans Séville, el garde ainsi quelque espèce d'unité de lieu en général; mais le lieu particuliei change de scène en scène, et tantôt c'est le palais du roi tantôt l'appartement de l'infante, tantôt la maison de Chi- mène, et tantôt une rue et place publique*... » Et il^ se vante d'avoir gardé le silence sur plusieurs détails assez délicats qui l'eussent forcé à préciser trop le lieu de la scène; il affirrne que cet artifice lui a réussi. Ailleuis, il y insiste : « Le Cid multiplie les lieux particuliers sans quitter Séville ; et comme la liaison des scènes n'y est pas gardée, le théâtre, dès le premier acte, est la maison de Chimène, l'appartement de l'infante dans le palais du roi, et la place publique; le second y ajoute la chambre du roi, et sans doute il y a quelque excès dans cette licence », mais cet excès peut être corrigé si l'on ne change la décoration que d'un acte à l'autre, jamais dans le cours d'un même acte, si l'on indique seulement le lieu général : » Cela aiderait à tromper l'auditeur^. » Ainsi, pour Corneille, l'unité de lieu, c'était la nullité de lieu.

Le spectateur moderne ne veut pas être trompé; pour satisfaire son goût de la vraisemblance dramatique et de la vérité du détail, à chaque changement évident de lieu on fait correspondre, à la Comédie française, un changement de décoration et l'on découpe en « tableaux » le drame de Cor- neille. Libre de tout superstitieux respect des règles factices. Corneille eût sans doute approuvé une innovation qui s'appuyait sur ses propres aveux; tout au plus eût-il regretté qu'on attribuât tant d'importance au cadre, et craint que l'attention donnée au cadre ne nuisît aux fiers portraits qu'il y avait tracés. Le spectateur du xvn" siècle se contentait à moins de frais; rien de plus élémentaire que la mise en scène du Cid : « Le théâtre est une chambnî a quatre portes;

1. Exainen du Cid.

2. Discours det trois unitét.

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