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52 LE CID

les Scudéry, les Chapelain et les d'Aubignac n'ont plus où mordre. Voilà pourquoi Corneilleapu dire, dans son Examen, que le Cid était celui de ses ouvrages réguliers où il s'était permis le plus de licence; mais ce qui est remarquable, c'est que, si nous écartons les règles factices pour ne retenir qup la règle éternelle, celle de l'unité d'action, le Cid l'emporip sur Horace, où la dualité apparente de l'action ^ a soulevé dei- critiques si vives.

Non pas que les hors-d'œuvre en soit at)sents : s'il les excluait, le Cid ne serait pas une vraie tragi-comédie. A propos de Clitandre, Corneille écrit : « Les monologues sont trop longs et trop fréquents dans cette pièce; c'était une beauté en ce temps-là : les comédiens les souhaitaient et croyaient y

f)araître avec plus d'avantage. La mode a si bien changé que a plupart de mes derniers ouvrages n'en ont aucun '^. n 11 n'y a pas moins de cinq monologues dans le Cid. Avec non moins de franchise, Corneille reconnaissait l'inutilité de certains épisodes : c< Aristote blâme fort les épisodes détachés, et dit que les mauvais poètes en font par ignorance, et les bons en faveur des comédiens, pour leur donner de l'emploi. L'infante du Cid est de ce nombre, et on pourra la condamner ou lui faire grâce par ce texte d'Aristote, suivant le rang qu'on voudra me donner parmi nos modernes '■'. » Mais nulle part Corneille, toujours si sincère avec lui-même, ne croit utile de justifier Funité d'action, que personne n'a sérieusement con- testée. Qu'on élague tel détail superflu, tel épisode encom- brant, l'ensemble reste indestructible. Tout se passe dans l'âme de Chimène et de Rodrigue, et le drame entier peut se résumer en quelques lignes.

Acte L — A la veille d'être unis, deux amants sont sépa- rés par une querelle soudaine qui éclate entre leurs pères. Don Gormas, père de Chimène, soufflette don Diègue, père de Rodrigue. Pour venger son père, Rodrigue doit tuer le père de Chimène; placé entre son devoir et sa passion, il se décide à faire son devoir.

Acte IL — Rodrigue fait son devoir et tue le père de Chi- mène ; mais Chimène fait son devoir à son tour, et demande au roi la tête de Rodrigue.

Acte IIL — Tous deux se rencontrent, se lamentent, mnia loin de regretter d'avoir fait leur devoir, s'en félicitent mu- tuellement. Un nouveau devoir s'offre à Rodrigue : après

1. Voyez notre introduction A'Homee.

J. EiameB de Clitandre.

3. Discours sur le poème dramatiqmt.

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