Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/256

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»3 LE CID

dit M. Edouard Fournier ♦ ; c'est un coup d'État qu'on allait

faire pour l'Espagne contre le ministre. » Sorel affirme ^ que certains passages hardis du Cid choquèrent les grands, et que l'inimitié du cardinal vint surtout delà; pour le prouver, il s'appuie sur des mémoires du temps « qui ne sont pas im- primés ». De nos Jours, enfin, c'est un lieu commun de sou- tenir que Richelieu, dans sa conduite envers Corneille, fut iîu'iAé par de sérieuses raisons politiques. Voici le langage, un pf'u hasardé, que, dans son discours de réception à l'Acadé- mie, M. Alexandre Dumas fils prêtait au grand ennemi de la maison d'Autriche : (' Quoi! c'est au moment où j'essaye de refouler et d'exler- iniM' l'Espagnol qui harcèle la France de tous les côtés, qui, vaincu au Midi, reparaît à l'Est, qui, vaincu à l'Est, menace le Nord; c'est quand j'ai à combattre, à Paris même, les révoltes et les conspirations que l'Espagnol me suscite; c'est quand une reine espagnole, encore jeune, correspond secrè- tement avec son frère le roi d'Espagne et prête les mains à toutes les conspirations, qu'une cour légère et ignorante trame contre moi, sans se douter du mal qu'elle fait à la France; c'est en un pareil moment que lu viens exalter sur la scène française la littérature et l'héroïsme espagnols! Tu ne vois donc pas que tu conspires, toi aussi, [ne tu gênes mes des- seins, et que, plus tu as de talent, plus je dois te com- battre? »

Nous croyons qu'il faut délibérément écarter cet ingénieux lieu commun. Que Richelieu ainiàt aussi peu les Espagnols au théâtre que sur les frontiè; es, que même il les aimât d'autant moms que la jeune reine les aimait plus, on peut l'admettre. S'il est vrai, comme le croit M. Marty-Laveaux ',

��«i grave échappa à sa surveillance. Le coup parti, tout fut fini ; impossible d'y revenir. Dès la première représentation, les applaudissements, les trépigne- ments, les cris, les pleurs, un frénétique enthousiasme. Joué au Louvre, joué à Paris, joué rhez le rardinal même, qui le subit sur son théâtre, supposant très probablement que sa désapprobation souveraine, toujours si redoutée, tuerait la pièf'e, ou tout au moins verserait aux acteurs, aux spertateurs, une averse de glace; que les uns n'osant bien jouer, ni les autres applaudir, le Cid périrait morfojidu. Phénomène terrible! chez le cardinal même, et devant lui, le succès fut complet. Acteurs et spectateurs avaient pris l'âme du Cid. Personne n'avail plus peur de rien. Le ministre resta le vaincu de la pièce, aussi bien que doi Sanrhe, l'amant dédaigné de Chimène. »

1 . Notes sur la vie de Corneille, à la suite de ComeilU à la butte Saint Roch, comédie.

2. Bibliothèque française; Vaxli, 1664, in-12,.

3. Notice sur le Cid, édition des Grands Ecrivains. On y cite un pamphlet favorable à Corneille, où il est dit que le Cid a procuré à loa auteur la noblesse qu'il n'avait pai de nausaDC*.

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