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100 LE CID

put s'indigner de voir son Académie formuler ses arrêts dans un langage trop fleuri, qui seyait mal à sa ferme autorité.

Fit-il un coup d'Etat en substituant Sirmond à Céiizy? Mais Sirmond faisait partie de la commission académique, et la grande raison qui détermina son choix, c'est qu'il avait « le style fort bon et fort éloigné de toute affectation * ». Seule* ment, pour d'autres motifs, le docte Sirmond devait médio- crement plaire là où le frivole Cérizy avait tout à fait déplu.

« Il fallut enfin que M. Chapelain reprît tout ce qui avait été fait, tant par lui que par les autres, de quoi il composa l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui; qui, ayant plu à la com- pagnie et au cardinal, fut publié bientôt après, fort peu diffé- rent de ce qu'il était la première fois qu'il lui avait été pré- senté écrit à la main, sinon que la matière y est un peu plus étendue, et qu'il y a quelques ornements ajoutés 2. » Or, qu'on s'en souvienne, Richelieu n'avait pas condamné abso- lument la première rédaction de Chapelain; il en avait même jugé la substance bonne, et s'était borné à souhaiter quelques ornements de plus. Sans fausse hypocrisie, il put se déclarer satisfait, bien que le ton du morceau à l'égard de Corneille n'eût pas changé. « Je sais fort bien, écrit Pellisson, que le cardinal eût souhaité qu'on traitât le Cid plus rudement, si on ne lui eût fait entendre avec adresse qu'un juge ne devait pas parler comme une partie, et qu'autant on témoignerait de passion, autant perdrait-on d'autorité. » Le conseil était de ceux que Richelieu savait comprendre. En somme, il avait atteint soii but, puisijue l'Académie se prononçait; mais l'Académie, de son côté, n'avait pas manqué le sien, puis- qu'elle se maintenait dans cette modération à laquelle il lui eût coûté de renoncer.

En toute cette affaire. Chapelain fut son porte-parole et son très digne représentant. C'est une erreur de croire que Cha- pelain ait été un des envieux de Corneille : des premiers, il constate le succès du Cid, ainsi que celui des Sosies de Rotrou. Lors même que ce succès est contesté, il ne craint pas d'écrire à Balzac^ :« J'apprends avec plaisir que le Citait tait en vous le même effet qu'en tout notre monde. La matière, les beaux sentiments que l'espagnol lui avait donnés et les ornements qu'a ajoutés notre poète français ont mérité l'applaudissemenl du peuple et de la cour, qui n'étaient point encore accou- lumés à de telles délicatesses. » Il est vrai que Chapelaiix

  • . Histoire de F Académie franêtite.

1. Ilnd.

2. Lettre du 13 juin 1637.

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