Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/286

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��Et cependant, de cette longue querelle Corneille sortait plus découragé que ses adversaires. Il avait manifesté d'abord une impatience, peut-être ironique, de connaître l'arrêt de l'Aca- démie : « J'attends avec beaucoup dïmpatience les Sentiments de l'Académie, afm d'apprendre ce que dorénavant je dois suivre; jusque-là, je ne puis travailler qu'avec défiance, et n'ose employer un mot en sûreté... Je me prépare à n'avoir rien à répondre à l'Académie que par des remerciements*. >♦ Puis l'arrêt se faisant attendre, il s'était repenti de sa condes- cendance, il en avait craint les suites. On le voit alors faire allusion à la « violence » qui lui ferme la bouche, et douter fièrement que le sentiment de l'Académie soit « le sentimeni du reste de Paris ». Avec quelque hauteur, il s'écrie alors : « J'ai fait le Cid pour me divertir et pour le divertissement des honnêtes gens, qui se plaisent à la comédie. J'ai remporté le témoignage de l'excellence de ma pièce par le grand nombre de ses représentations, par la foule extraordinaire des personnes qui y sont venues, et par les acclamations générales qu'on lui a faites... Le Cid sera toujours beau et gardera sa réputation d'être la plus belle pièce qui ait paru sur le théâtre, jusqu'à ce qu'il en vienne une autre qui ne lasse point les spectateurs à la trentième fois 2. »

Enfin, les Sentiments de l'Académie viennent, en 1638, clore définitivement le débat, déjà pacifié par l'ordre formel de Richelieu. Corneille s'avise, un peu tard, de protester, non contre les critiques formulées par les académiciens, mais contre l'empressement qu'ils ont mis à juger le différend avant d'avoir obtenu le consentement formel de l'intéressé. Il voudrait s'expliquer, avoir le dernier mot devant le public des lecteurs, comme il l'a devant celui des spectateurs; mais une volonté souveraine a prononcé ; il s'incline : « J'aime mieux les bonnes grâces de mon maître que toutes les répu- tations de la terre ; je me tairai donc, non point par mépris, mais par respect ^. « Son silence ne dura pas moins de deux ans: il ne le rompit qu'en donnant Horace au théâtre. Or, rien ne ressemble moins au Cid qu'Horace.

Avec ses provocations chevaleresques et ses galants concetti, avec ses duels et ses entrevues, ses récits complaisants de bataille et ses duos d'amour longuement soupires, le Cid, en slépit de la mort du comte, demeure à jamais égayé d'un

��1. Lettres àBoisrobert, 15 novembre et 3 décembre 1637, citées par PellissoB. 8. Lettre sans date, citée par Pellissoa.

3. Lettre à Boisrobert, du 23 décembre 1637. Voyex l'édition Marty-Lareanx, t. X, p. iii-*i%

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