Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/300

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1^6 LE GID

raissait avec le même éclat sur la scène, à la ville et à la cour. Oans les dernières années de ce grand règne, dont la fin fut si lugubre, il était comme un vivant souvenir des temps hé- roïques, où la victoire souriait aux jeunes capitaines de la France. En 1709, par exemple (19 janvier), au plus fort du rigoureux hiver qui obligeait les comédiens à fermer leur théâ- tre « à cause du froid excessif et du peu de monde qui vient à la Comédie », on jouait, par ordre, à Versailles, Le Cid et le Ballet exlravagant, mais les comédiens, déjà partis, recevaient contre-ordre en chemin, « à cause de l'anniversaire de feula reine mère* ». On avait oublié cet anniversaire; on s'en sou- vint à temps, et l'on eut quelque mérite à s'en souvenir, car la reine mère était morte depuis plus de quarante ans.

A ceux qui parlaient en souriant d'Agésilas et de Suréna les admirateurs fidèles de Corneille opposaient victorieuse- ment le Cid. Fidèle entre les fidèles, M™^ de Sévigné semble s'être assimilé la substance même de l'œuvre qui avait ébloui sa jeunesse : en mainte circonstance de sa vie, en maint passage de sa correspondance, les citations du Cid lui re- montent naturellement à la mémoire, on devrait dire au cœur. Tel vers,

��Et le combat Snit, faute de oombattants

��est appliqué, quatre fois au moins, avec bonheur ^. La tendre plainte de Rodrigue: « Chimène, qui l'eût cru?» devient ironique lorsqu'il s'agit de la charge de grand maré- chal des logis donnée à M. de Thianges, et grave, lorsqu'il s'agit de la mort du roi d'Angleterre '. Que « le petit Daquin » soit nommé premier médecin, qu'il y ait une nouvelle pro- motion de maréchaux, que les intrigues de cour élèvent un parvenu à un poste qu'il est mal fait pour remplir, ou qu'on refuse à son fils le grade qu'elle ambitionne pour lui, elle se console de tout en jugeant tout avec indépendance, en répé tant :

La faveur l'a pu faire autant que le mérite ^

��1. Despois, Le théâtre sous Louis XIV,

2. Lettres des 20 février 1671, 6 mai et 5 novembre 1676, 14 juillet 1680.

3. Lettres des 19 dérembre 1670 et 25 février 16»5.

4. Lettres des 22 avril 1672, 31 juillet et 6 août 1G75. Voyez augsi Ui lettres tfM 27 BOTembre 1673, 9 août 1679 et 4 septembre 4680.

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