Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/57

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ETUDE D'ENSEMBLE xuii

reine africaine, n'est-elle pas la vivante incarnation de l'Afrique menacée par le conquérant romain? Ici comme partout, Corneille se glorifie d'avoir créé ces reines de sa façon. El l'originalité de la création est indéniable, car le sujet traité par Corneille, avait été traité déjà par beaucoup d'autres, parmi lesquels François Ha- bert, que M. Murty-Laveaux ne mentionne pas*, et Mairet, dont le dépit ne fut pas dissimulé, à qui pourtant Corneilie avait rendu pleine justice, au début de son Avis aulectnir, en déclarant, il est vrai, qu'il mettrait « une scrupuleuse exactitude à s'écarter de sa route ». Comment a-t-il, tenu parole? tout simplement en restant lui-même, en appliquant son idée favorite, poussée aux extrêmes conséquences : «Je prêteà Sophonisbeun peu d'amour, mais elle règne sur lui, et ne daigne l'écouter qu'autant qu'il peut servir à ces passions dominantes qui régnent sur elle, et à qui elle sacrifie toutes les tendresses de son cœur : Massiuisse, Syphax, sa propre vie... J'aime mieux qu'on me reproche d'avoir fait mes femmes trop héroïnes, par une ignorante et basse affec- tation de les faire ressembler aux originaux qui en sont venus jusqu'à nous, que de m'eutendre louer d'avoir efféminé mes héros par une docte et sublime complaisance au goût de nos délicats, qui veulent de l'amour partout -. » On voudrait pouvoir donner raison à Corneille contre les « délicats », et surtout con- tre les pédantesques pamphlets de l'abbé d'Aubignac. Mais c'est un défenseur de Corneille, Saint-Évremond, qui, sans le vouloir, lui donne tort : « Corneille, qui, presque seul, a eu le bon goût de l'antiquité, a eu le malheur de ne pas plaire à notre siècle pour être entré dans le génie de ces nations et avoir conservé à la fille d'Asdrubal son véritable caractère. » Selon lui, en peignant Sophonisbe infidèle à unvieuxmari,pour un jeune amant, Mairet, moins exact, avait plu davantage et mieux rencontré « le goût des femmes et des gens de la cour 3 ». Approuver Mairet eu blâ- mant Corneille pourrait sembler dur ; par bonheur, on n'en est pas réduit à cette extrémité. Si, par une atîectation un peu puérile, Corneille a voulu faire exactement le contraire de ce qu'avait fait son prédécesseur, ou doit avouer qu'il n'y a réussi qu'à

��1. Voyez l'excellente thèse de Jl. Faguot sur la Trnf/fi'Ue frannaisn an xvi" siècle.

2. Au lecteur de Sophonisbe.

3. Dissertation sur VAlea-andrc de Racine.

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