Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L BIOGRAPHIE DE CORNEILLE

peu. Ainsi l'admirable portrait que le capitaine des gardes, Octar, trace de Mérovée est, à n'en pas douter, le portrait de Louis XIV : la campagne de Flandre et ses conquêtes, les revues mêmes et les exercices militaires qui les ont précédées sont rap- pelés par de très claires allusions. Enfin, c'est au dauphin que s'applique le vers appliqué par Octar au fils de Mérovée :

Le corps attend les ans, mais l'âme est toute prête'.

On salue au passage les beaux vers, mais on garde quelque doute sur l'exactitude historique du portrait de Mérovée. Attila est peint de couleurs plus vraies : ce despote asiatique, tantôt ennuyé, tantôt emporté, -toujours rusé jusqu'en sa violence, a le seul tort de savoir tourner agréablement un madrigal, et le ridicule de mourir d'une hémorrhagie nasale, compendieuse- ment décrite. L'ambition dlldione (la Gaule) et d'Honorie (Rome), qui toutes deux se disputent sa maio, et toutes deux l'exècrent, est trop abstraite encore pour nous émouvoir. Qu'est donc Attila, la meilleure pièce de cette dernière période? Une curieuse analyse de caractère, une belle étude historique et poétique sur l'invasion des barbares.

Dans l'avis Au lecteur qui précède Attila, Corneille écrit : » On m'a pressé de répondre ici par occasion aux invectives qu'on a publiées depuis quelque temps contre la comédie; mais je me contenterai d'en dire deux choses, pour fermer la bouche à ces ennemis d'un divertissement si honnête et si utile : l'un, que je soumets tout ce que j'ai fait et ferai à l'avenir à la censure des puissances, tant ecclésiastiques que séculières, sous lesquelles Dieu me fait vivre : je ne sais s'ils en voudraient faire autant; l'autre, que la comédie est assez justifiée par cette célèbre tra- duction que des personnes d'une piété exemplaire et rigide ont donnée au public. » C'est à Port-Royal que Térence avait été traduit, et c'est un disciple de Port-Royal, le prince de Conti, l'ancien frondeur, qui, dans son Traité de la comédie (1667) venait d'attaquer le théâtre en général, Corneille en particulier, La réponse était de bonne guerre, et moins cruelle que la réplique de Racine à ÎS'icole (1666). Il est remarquable que les

1. Attila. II, 5.

�� �