Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


i.wiii ETUDE

inands. Daus celle première partie du xviio siècle, la Normandie était en possession de fournir à la France ses poètes lyriques, comme Mallierbe ou Segrais, et ses poètes dramatiques, depuis le grand Corneille jusqu'à Scudéry, ce Gascon du Havre, ou Boisrobert, ce bouffon du cardinal. Est-ce en pensant à ceux-ci qu'il a prêté au même Lysandre cette plainte trop vraie sur le misérable état de la comédie défigurée par tant d'adorateurs indignes?

pauvre foiuédic, objet de tant de veines,

Si tu n'es qu'un portrait des actions liumaines,

On te tire souvent sur un original

A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal'.

Mais ces mauvais rimeurs étaient alors de ses amis, et, d'ail leurs, Corneille lui-même est-il exem[it de tout reproche à cet égard? A-l-il toujours peint au vrai la réalité? C'est déjà quelque chose pourtant que le cadre soit réel. Cette galerie du Palais de Justice, alors si mouvante et si mondaine, où se débitent les nouveautés de tout genre, nouvelles dentelles et nouveaux livres, où le mercier et la lingère font valoir leurs marchandises aux jeunes filles moins désireuses de voir que d'être vues, tandis que devant l'étalage du libraire, un Barbin au petit pied, les jeunes élégants causent de poésie, non sans esprit ni sans goût, mais avec quelque distraction, qu'un trop charmant voisinage explique; cette galerie où se nouent les intrigues et s'ébauchent les maricige?, nous la voyons comme Corneille la voyait, et jamais le poète ne souffre que nous la perdions tout à fait de vue. Après qu'il a mis en jeu les caractères et les passions, il nous y ramène encore, au quati'ième acte; après les chagrins amoureux de Lysandre et de Célidée, les petites querelles de la liugère et du mercier trouvent encore leur place.

C'est là sans doute un artifice destiné à ranimer l'attention et à renouveler l'intérêt languissant. Corneille n'en fait pas mys- tère : « J'ai pris ce titre de la Galerie du Pelais parce que la promesse de ce spectacle extraordinaire et agréable pour sa naï- veté devait exciter vraisemblablement la curiosité des audi- teurs 2. » Il ne se trompait pas, mais c'est précisément de cette

1. Oalerifi ffu Pnlni^. T, 7, ■-. Examen.

�� �