Page:Corneille Théâtre Hémon tome2.djvu/113

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ACTE II, SCÈNE V 97

CURIACE.

Hélas ! je vois trop bien qu'il faut, quoi que je fasse, 535

Mourir, ou de douleur, ou de la main d'Horace.

Je vais, comme au supplice, à cet illustre emploi;

Je maudis mille fois l'état qu'on fait de moi;

Je hais cette valeur qui fait qu'Albe m'estime:

Ma flamme au désespoir passe jusqaes au crime : B40

Elle se prend au ciel et l'ose quereller:

Je vous plains, je me plains: mais il y faut aller.

CAMILLE.

Non, je te connais mieux ; tu veux que je te prie,

Et qu'ainsi mon pouvoir t'excuse à ta patrie.

Tu n'es que trop fameux par tes autres exploits; 545

Albe a reçu par eux tout ce que tu lui dois.

Autre n'a mieux que toi soutenu cette guerre;

Autre de plus de morts n'a couvert notre terre;

Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien;

Souffre qu'un autre ici puisse ennoblir le sien. 530

préféraient au teite nouveau, plus froid, la leçon primitive, que la situation rend émouvante et nù l'on sent un mélange de terreur et de tendresse. Voyez dans l'Introduction le passage de l'Impromptu de Versailles.

537. Emploi avait alors un sens plus relevé qu'aujourd'hui.

Il n'e>' pas toujours bon d'avoir ua hant emploi. (La Fontaine, Fablei. I. 4.)

538. Sur faire état, voyez la note du vers 515.

540. Vaugelas condamne jusquas à et même tout emploi de jusques, avec un ». On continua cependant, longtemps après lui, à écrire jusques à, même en prose. « Vous savez jusques à quels excès Cambyse s'est porté, et jusques à quel point d'insolence vnus avez vu passer le mage. » (Fenelon, cité par M. Littré.) Nous dirions plutôt aller jusqu'à.

541. Se prendre à, pour s' attaçiuer à, se retrouve au vers 817. Sur quereller, consultez la note du vers 529.

Vous qni, de l'Asie embrassant la conquête.

Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête. (Iphîgénie, Vf, 6.) Yar. Elle se prend aux dieux qu'elle ose quereller.

544. Excuser à ; à est ici pour envers, auprès de, et, quoi qu'en dise Voltaire, 86 construit ainsi au xvn" siècle, même en prose : « Vous m'excuserez à lui si je ne lui écris, car le messager part. » (Malherbe, Lettre à Peiresc, 13 fé- vrier 1611.)

547. Nul autre que toi, de l'aveu même de Voltaire, donnerait moins de force et de rapidité au discours. Corneille et ses contemporains écrivent volontiera autre pour un autre :

Madame, autre que moi n'a droit de soupirer. {Cid, 308.)

550. Corneille écrit ennoblir, au propre et au figuré, a En 1673, une commis. gion de l'Académie française examina cette question d'orthographe. Douja rapporte qu'il a été décidé dans la compagnie qu'anoblir est rendre noble, e ennoblir rendre illustre; mais Bossuet et Pellisson réclament contre cette décision C'est seulement en 1000, dans !e Dirtionnaire de Furetière, qa'anoljliretennobh} ■V)nt affectés chacun à un sens distinct, et cette distinction subtile, qui n'existe uans aucune autre langue, ne s'est, depuis lors, (jue trop lite et trop géncsa- Umeit établie. » (M. IVlarty-Laveaux.)

�� �