Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/139

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
136
histoire universelle

fusion mais ils se trouvaient capables de s’affiner grandement sous l’influence des peuples dont la liaison commerciale s’opérait par leur territoire. De la sorte s’étaient développés chez eux le culte du beau langage, l’amour de la poésie, la pratique d’une large et généreuse hospitalité, le respect de la parole donnée ; à ces qualités chevaleresques la vie nomade et les conditions géographiques accouplaient des mœurs pillardes et ce goût du guet-apens, de l’aventure et de la violence que de pareilles mœurs impliquent toujours. En Arabie de grands marchés annuels se tenaient à l’occasion desquels on concluait une trêve de plusieurs mois. Ces marchés n’étaient pas seulement des centres d’opérations commerciales ; des concours de poésie les ennoblissaient. L’un d’eux avait lieu aux environs de la Mecque et les participants en profitaient pour accomplir un pèlerinage au sanctuaire qui consacrait le souvenir d’Agar et d’Ismaël tombant épuisés dans le désert et voyant une source miraculeuse jaillir à leurs pieds. Cette origine biblique est à remarquer. La religion d’Abraham avait été celle des Arabes. C’est lui qui était réputé avoir construit le petit temple fruste reposait la « pierre noire » apportée du ciel par l’ange Gabriel. Les tribus s’étaient souvent disputées à qui aurait la garde de l’enceinte sacrée. Ce privilège finit par être réservé à une famille déterminée, celle dont précisément devait sortir Mahomet.

Il naquit en 570 ap. J.-C. En ce temps là les Arabes étaient en régression morale. Dès avant l’ère chrétienne, le monothéisme traditionnel avait été obscurci chez eux par les pratiques d’une idolâtrie vulgaire. Il eut même été complètement étouffé si à l’action de quelques groupes demeurés obstinément fidèles aux doctrines monothéistes ne s’était superposé le prosélytisme des nombreuses colonies juives établies sur divers points de l’Arabie. Au sud, dans l’Yemen, tout un groupe de tribus arabes avaient même adopté la foi d’Israël. Le christianisme implanté en Éthiopie avait agi de son côté mais avec moins de force et de succès. Les partisans de l’unité divine représentaient une élite assez puissante et convaincue pour déterminer un grand mouvement d’épuration le jour où un chef se présenterait, prêt à prendre la tête d’un tel mouvement.

Mahomet fut ce chef. On l’a naturellement comparé à Jésus-Christ et à Çakya Mouni antérieurs à lui l’un de six cents ans et l’autre de douze cents car il y a comme un rythme singulier dans la succession des trois religions, bouddhiste, chrétienne et musulmane. Mahomet ne peut guère soutenir la comparaison.