Page:Coubertin L utilisation pedagogique de l activite sportive 1928.djvu/7

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Méfiance féministe

C’est aux pouvoirs publics, mais ce serait surtout aux parents à soutenir le collège en cette tâche. Ces derniers y consentiront-ils ? Je me tourne vers eux pour les y inciter mais je ne m’abaisserai pas à tenter d’y réussir en les flattant. Au contraire, j’oserai dire à beaucoup d’entre eux que leur veulerie présente est pitoyable. Comment élèvent-ils leurs enfants et surtout leurs filles ? Aujourd’hui, dans un grand nombre de pays, c’est la fille qui corrompt le garçon, mais les parents encouragent le garçon lui-même à se montrer précocement flirter, avisé et roublard ; ils s’en amusent ; ils s’en réjouissent. Ce n’est pas seulement une génération de névrosés qui se prépare ainsi, c’est une génération de blasés, la pire engeance qu’il y ait au monde. Que cette société qui s’abandonne prenne donc garde aux pays prochains, à l’Asie rajeunie, à l’Afrique toute neuve et aussi à cette population ouvrière partout la plus nombreuses et la plus vigoureuse et qui, à défaut de la culture qu’on lui a imprudemment refusée, commence de s’adonner au sport et y témoigne d’un souci pédagogique digne d’être remarqué. »

« Cette jeunesse féminine dont je viens de parler avec une cruauté justifiée, n’est-elle pas moralisable par le sport ? Je n’en crois rien du tout. De la culture physique, et de la culture physique sportive, oui ; cela est excellent pour la jeune fille, pour la femme ; mais cette rudesse de l’effort masculin dont le principe prudemment mais résolument appliqué est à la base de la pédagogie sportive, il faut grandement le redouter pour l’être féminin. Il ne sera obtenu physiquement qu’à l’aide des nerfs mobilisés au delà de leur rôle, moralement que par une neutralisation des qualités féminines les plus précieuses. L’héroïsme féminin n’est point une chimère. Dirai-je que, plus effacé il est bien aussi fréquent et peut-être plus admirable que l’héroïsme masculin. Mais Edith Cavell et Gabrielle Petit que la Belgique vénère n’eurent pas besoin d’être des athlètes et au risque de contrister les littérateurs qui cherchent à l’entrevoir sous cet angle-là, je dirai qu’à mon avis Jeanne d’Arc ne le fut pas non plus. »

« Et puis, pour plus rares que je souhaite les concours quand il s’agit des garçons, j’en réclame énergiquement le maintien, car cette concurrence, elle est vitale en fait de pédagogie sportive, avec toutes ses conséquences et tous ses risques. Féminisée, elle prend quelque chose de monstrueux. L’expérience d’Amsterdam paraît avoir légitimé mon opposition à l’admission des femmes aux Jeux olympiques et les témoignages recueillis jusqu’ici sont en grande majorité hostiles au renouvellement du spectacle qu’a donné telle épreuve féminine de la célébration de la ixe Olympiade. S’il y a des femmes qui veulent jouer au football ou boxer, libre à elles pourvu que cela se passe sans spectateurs, car les spectateurs qui se groupent autour de telles compétitions n’y viennent point pour voir du sport. »


(Suite au prochain numéro)