Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/15

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jusqu’ici, et dont il y a, selon nous, bien plus de conséquences importantes à tirer.

3

En effet, nous concevons clairement que toute perception ou connaissance implique un SUJET percevant et un OBJET perçu, et consiste dans un rapport quelconque entre ces deux termes : d’où il suit que, la perception ou le rapport venant à changer, il faut que la raison du changement se trouve dans une modification subie, ou par le sujet percevant, ou par l’objet perçu, ou par chacun des deux termes du rapport.

C’est ainsi que, lorsque deux cordes sonores ont eu d’abord entre elles un intervalle musical défini, et qu’au bout d’un certain temps, elles cessent d’offrir cet intervalle, on se demande si le ton de l’une a haussé, si le ton de l’autre a baissé, ou si ces deux causes ont concouru à faire varier l’intervalle.

De même, si l’on trouvait que l’hectolitre de blé représente en valeur, à une époque donnée, un certain nombre de journées de travail, et à une époque postérieure un nombre plus grand, on se demanderait si cet effet est dû à une hausse dans la valeur du blé, résultant, par exemple, d’une suite de mauvaises récoltes ou d’une taxe à l’importation ; ou s’il provient d’une dépréciation du travail manuel, occasionnée par l’accroissement de la population, par l’introduction de nouvelles machines ; ou bien enfin s’il n’y a pas là un résultat composé de la hausse du blé et de la dépréciation du travail.

4

Imaginons maintenant que l’on ait un système de cordes sonores, accordées d’abord de manière à offrir de certains intervalles musicaux, et qu’ensuite, toutes ces cordes, moins une, continuant de donner, quand on les compare entre elles, les mêmes intervalles, il n’y ait de changement que dans les intervalles donnés par la comparaison de la dernière corde à toutes les autres : on regardera, sinon comme rigoureusement démontré, du moins comme extrêmement probable, que cette dernière corde est la seule qui n’ait pas tenu l’accord, ou qui ait subi dans sa tension le changement d’où résulte le nouvel état du système.

On tirerait une conséquence analogue à la vue d’un tableau qui donnerait, pour deux époques différentes, les valeurs relatives de diverses denrées. Si le blé, par exemple, en haussant de valeur, comme on l’a supposé plus haut, par rapport