Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/38

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coutume, et non pas seulement aux motifs qui ont pu effectivement, mais accidentellement, déterminer le législateur ou introduire la coutume. Sa tâche consiste à épurer ces motifs, à en séparer ce qui se rattache à des faits ou à des intérêts particuliers, variables, passagers. Tant qu’il n’a pas atteint ce but, la raison n’est point satisfaite ; et l’on ne confondra point les efforts tentés pour donner à la raison cette satisfaction qu’elle réclame, avec les recherches qui s’adressent à la curiosité, et qui ont pour objet d’établir historiquement les causes qui ont agi sur l’esprit de tel prince, sur les menées de tel parti, et qui ont gagné les suffrages de tels membres d’une assemblée politique.

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Si nous passons à un autre ordre de considérations, nous trouverons un contraste non moins frappant entre l’idée de la raison des choses et l’idée de cause proprement dite. Un être organisé est celui dont toutes les parties ont entre elles des rapports harmoniques, sans lesquels cet être ne pourrait subsister ni se conserver. Parmi les diverses manières d’expliquer l’existence de pareils rapports, il y en a une qui consiste à supposer que, dans la suite des temps, le concours de circonstances fortuites a donné lieu à une multitude de combinaisons, parmi lesquelles toutes celles qui ne réunissaient pas les conditions de conservation et de perpétuité n’ont eu qu’une existence éphémère, jusqu’à ce que, finalement, le hasard ait amené celle qui offre les rapports harmoniques d’où dépendent la stabilité et la durée, soit de l’individu, soit de l’espèce. Admettons pour un moment (sauf à y revenir plus tard) cette conception théorique, et il deviendra bien clair que l’étude philosophique d’un organisme consiste à pénétrer de plus en plus dans l’intelligence des rapports harmoniques et de la coordination des parties ; car là se trouve la raison de l’existence et de la conservation de l’organisme, et nullement dans les causes qui ont fortuitement et aveuglément agi, aussi bien pour produire les combinaisons éphémères que pour produire celle qui s’est trouvée réunir les conditions de l’organisme. Ainsi, lorsqu’un naturaliste étudie les lois de l’habitation et de la distribution géographique des animaux et des plantes selon les hauteurs, les latitudes et les climats, ce qui fixe son attention, ce ne sont point les causes accidentelles qui