Page:Coussemaeker - Chants populaires des flamands de France.djvu/181

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3.

Mère, coupe une tartine, le Reuze est en colère. Retourne-toi, etc.

4.

Mère, tire la meilleure bière, le Reuze est ici. Retourne-toi, etc.

5.

Mère, bouche vite le tonneau, le Reuze est ivre. Retourne-toi, etc.

6.

Mère, donne du pain et du fromage, le Reuze est mort. Retourne-toi, etc.

_____


Ce chant, très populaire dans toute la Flandre et le Brabant, a eu une vogue particulière à Dunkerque, à cause de la procession du géant (Reuze) qui s’y faisait tous les ans et dont l’usage remonte à un temps immémorial. De semblables processions avaient lieu d’ailleurs dans plusieurs autres villes et l’on y chantait également le Reuzelied.

Quelques écrivains pensent, et avec raison selon nous, que cette chanson et cette cérémonie se rattachent à des souvenirs Scandinaves. En effet, quand on interroge l’Edda, on y trouve divers passages où il est question des guerres entre les Reuzes ou Iotes et les Ases ou Guds. Les Rcuzes qui, suivant certains auteurs, n’étaient autres que les Finois, avaient fait à plusieurs reprises des tentatives d’invasion sur le territoire occupé par les Ases. Ceux-ci avaient fini par les repousser dans les déserts. De là une antipathie de race qui parait avoir survécu chez les descendants des Ases, les Saxons et les FlamandsSaxons. C’est ce qui explique l’aversion exprimée contre les Reuzes, dans le Reuzelied, par cette variante rapportée dans Willems :

Die zeid : wy zyn van Reuzen gekomen,
Zy liegen daerom.

« Ceux qui disent : nous descendons des Reuzes, en ont menti. »

C’était pour le peuple le représentant d’un ennemi que ses ancêtres avaient eu à combattre plus d’une fois et à refouler dans leur désert.

Le texte de ce chant a été corrompu à diverses époques et l’on n’en possède plus aujourd’hui qu’un reste informe. Quoi qu’il en soit, il est très répandu dans toute la Flandre ; il se chante sur les cotes depuis Anvers jusqu’à Gravelines, avec plus ou moins de variantes.

Mais une chose des plus remarquables, c’est que ce texte se chante sur un air dont la première partie est la reproduction exacte, avec un mouvement plus vif, du chant de l’hymne chrétienne, Creator alme siderum, et dont la seconde a dû être primitivement aussi la même que la dernière phrase musicale de la même hymne. Ce qui nous le fait penser, c’est que dans les deux premiers airs que nous rapportons et dans celui que donne Willems, cette seconde partie y est différente, tandis que, dans les trois airs, la première partie est semblable. Pourquoi, admettant la première partie de la mélodie chrétienne, aurait-on répudié la seconde pour y substituer une phrase assez molle et peu nette ? Cela ne semble pas rationnel. Il est probable que primitivement l’air entier du Creator alme siderum aura été adapté au texte du Reuzelied, et que la deuxième partie aura été peu à peu corrompue. C’est le seul moyen, croyons-nous, d’expliquer les différences que nous avons signalées. Nous avons indiqué, sous le No 3, la mélodie telle que, suivant nous, elle a été primitivement chantée. A Cassel, le peuple parodie la chanson ainsi :

« Al die zeggen dat Titika kom’
» Ze liegen daerom.
» Titika rydt te peirde, te peirde, etc. .