Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/206

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Prescrire aux oiseaux de se taire,
Et, lui, chanter à pleine voix.

J’ai vu la Vertu, dans un temple,
Avec deux couches de carmin
Et son vertugadin très-ample,
Moraliser le genre humain.

J’ai vu des guerriers en alarmes,
Les bras croisés et le corps droit,
Crier cent fois courons aux armes,
Et ne point sortir de l’endroit.

J’ai vu trotter, d’un air ingambe,
De grands démons à cheveux bruns ;
J’ai vu des morts friser la jambe,
Comme s’ils n’étaient pas défunts.

J’ai vu, ce qu’on ne pourra croire,
Des tritons, animaux marins,
Pour danser troquer leur nageoire
Contre une paire d’escarpins.

Dans des chaconnes et gavottes
J’ai vu des fleuves sautillants ;
J’ai vu danser deux matelotes,
Trois Jeux, six Plaisirs et deux Vents.

Dans le char de monsieur son père,
J’ai vu Phaéton tout tremblant
Mettre en cendre la terre entière
Avec des rayons de fer-blanc.

J’ai vu Roland, dans sa colère,
Employer l’effort de son bras
Pour pouvoir arracher de terre
Des arbres qui n’y tenaient pas.