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DIX-HUITIÈME SIÈCLE.



L’ORAGE


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Les cris de la corneille ont annoncé l’orage ;
Le bélier effrayé veut rentrer au hameau.
Une sombre fureur agite le taureau ;
Il respire avec force, et, relevant la tête,
Il semble, en mugissant, appeler la tempête.
On voit, à l’horizon, de deux points opposés
Des nuages monter dans les airs embrasés ;
On les voit s’épaissir, s’élever et s’étendre.
D’un tonnerre éloigné le bruit s’est fait entendre :
Les flots en ont frémi, l’air en est ébranlé,
Et le long du vallon le feuillage a tremblé.
Les monts ont prolongé le lugubre murmure,
Dont le son lent et sourd attriste la nature.
Il succède à ce bruit un calme plein d’horreur,
Et la terre en silence attend dans la terreur.
Des monts et des rochers le vaste amphithéâtre
Disparaît tout à coup sous un voile grisâtre ;
Le nuage élargi les couvre de ses flancs ;
Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants.
Mais des traits enflammés ont sillonné la nue,
Et la foudre, en grondant, roule dans l’étendue,
Elle redouble, vole, éclate dans les airs.
Leur nuit est plus profonde, et de vastes éclairs
En font sortir sans cesse un jour pâle et livide.
Du couchant ténébreux s’élance un vent rapide
Qui tourne sur la plaine, et, rasant les sillons,
Enlève un sable noir qu’il roule en tourbillons.
Ce nuage nouveau, ce torrent de poussière,
Dérobe à la campagne un reste de lumière.
La peur, l’airain sonnant, dans les temples sacrés
Font entrer à grands flots les peuples égarés.