Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/556

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DESORGUES


1763 — 1808



Joseph-Théodore Desorgues est né en 1763 à Aix, en Provence, de Jean-Pierre Desorgues, avocat distingué et magistrat de cette ville. La vie de Desorgues n’est guère connue que par des anecdotes ; on sait néanmoins qu’il étudia la médecine dans sa jeunesse et qu’il était assez bon latiniste pour avoir commencé une traduction des Satires de Juvénal, que la vigueur de son talent peut faire regretter. Les poésies en langue italienne que l’on trouve en grand nombre parmi ses œuvres prouvent une connaissance, et, mieux, une intelligence très-remarquable de cette langue.

Comme poète, Desorgues mérite une attention particulière en ce qu’il a été plus que tout autre le chantre inspiré de la Révolution : Nodier l’appelait le premier des poètes lyriques de la Révolution française, ce qui implique qu’il le mettait au-dessus de Lebrun et de Marie-Joseph Chénier. Les hymnes qu’il composa pour les fêtes nationales de l’Enfance, de la Liberté, etc., ont été imprimées et réimprimées dans les recueils du temps avec une multiplicité qui témoigne de leur succès. Celui que nous citons, le plus remarquable de tous assurément et qui fut chanté solennellement à la fête du 20 prairial an III, sur la musique de Gossec, a été longtemps et faussement attribué à Joseph Chénier. Voici la cause de cette erreur, accréditée en dernier lieu par M. Charles Labitte dans la Notice placée en tête des œuvres choisies de ’l’auteur de Charles IX. Chénier, le poëte officiel, le poète en titre des fêtes républicaines, avait été effectivement chargé de composer les vers de l’hymne à l’Être suprême. Mais on était déjà près du 9 thermidor ; Robespierre crut sentir dans une des strophes du poëte conventionnel quelque chose de l’animosité sourde qui devait, un mois plus tard,