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LA LANGUE

rieux de savoir positif ou raffinés d’art, quelquefois l’un et l’autre tout ensemble. La littérature nouvelle se modèle sur les goûts du public. En prose, elle cultive toutes les formes d’érudition que facilite et provoque l’existence des grandes bibliothèques : — critique et commentaire des textes classiques, devenus peu à peu lointains et obscurs pour la foule des lecteurs ; métrique, biographie, mythologie, histoire érudite ou éloquente, de plus en plus étrangère à l’intelligence des choses politiques et militaires; puis les sciences physiques et mathématiques, à quoi il faut ajouter un peu de rhétorique en certains endroits, et très peu de philosophie (sauf à Athènes). En poésie, on compose quelques épopées artificielles, quelques tragédies de cabinet, puis de petits poèmes personnels ou savants, hymnes, élégies, idylles, épigrammes, parmi lesquels on trouve, à côté de quelques joyaux d’art, beaucoup de productions où il y a plus de métier que d’inspiration.

La langue de tous ces écrits présente un caractère analogue : elle est plus savante que spontanée. Elle a quelque chose d’appris et de convenu. Cela n’exclut pas certaines trouvailles de génie, mais cela ôte à la plupart des écrivains de ce temps le plus grand charme de leur art, la saveur pénétrante du parfait naturel. La prose se sert de la ϰοινὴ διάλεϰτος (koinê dialektos), c’est-à-dire du dialecte attique contemporain, devenu la langue commune de tous les gens bien élevés : à la cour, dans les écoles, chez les lettrés, on ne parle plus et surtout on n’écrit plus une autre langue. Il n’y a pas de différence à cet égard entre Alexandria et Pergame. Les dialectes locaux tendent à devenir des patois, réservés à la conversation familière ou à celle des petites gens[1].

  1. Faisons toujours une exception en faveur de Syracuse, où Archimède semble avoir écrit ses traités de mécanique en dorien, c’est-à-dire dans la langue qui se parlait autour de lui.