Page:Cros - Le Collier de griffes, 1908.djvu/216

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Donc, séduit par les pittoresques mais malsaines profondeurs de son âme désordonnée, j’ai conquis sa foi et celle de son entourage. Je me suis chargé d’elle. Je l’ai sauvée de mesures extrêmes, de la séquestration qui l’aurait tuée, en promettant, contre l’avis des autorités, qu’elle guérirait C’est arrivé. Mais ma tenue énergique, ma froideur voulue, obligée, avaient irrité son amour-propre de femme. Et elle s’est servie des forces qui lui étaient revenues pour me soumettre, pour se faire aimer.

Plusieurs fois, j’étais assis à côté d’elle, et, comme cédant à la fatigue, elle appuyait sa tête contre mon épaule. Je ne voulais pas. Mais je me sentais prendre ; je la sentais s’obstiner ; je savais où nous menait l’inexorable amour.

Une fois, en voiture, après je ne sais quelles paroles prononcées par moi - y avait-il quelque aveu involontaire dans ces paroles ? - elle me dit : « Alors, vous m’aimez ? » Et violemment, poussé par un irrésistible ouragan intérieur, je lui répondis en collant mes lèvres sur les siennes.

C’est le type qui ne m’attire pas d’abord, mais que la fatalité rapproche de moi et dont je souffre.

Ensuite, domination, tyrannie. Elle me commandait de rêver à ceci ou cela, de faire tels vers. D’où ma stérilisation J’échappais en cédant tout ce qui n’importe pas - et la femme ne voit que cela.

Et puis, m’obsédant de citations à propos de chaque parole, de chaque caresse. Je l’aimais, pourtant ; car