Page:Cros - Le Collier de griffes, 1908.djvu/220

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j’étais aussi lâche en moi-même que fier au dehors. Désir immense de la revoir, immobilisé dans un orgueil de granit.

Un soir, j’étais double. Aller en avant ou en arrière, chez elle ou à l’opposé. Deux volontés effrayantes et égales_. Longtemps je suis resté immobile, tiraillé par ces deux monstres. Souffrance horrible qui a laissé des traces dans l’état physique de mon cœur. Enfin il m’est venu un but intermédiaire, où j’ai couru. La nuit s’est passée en actes de démence qui ont bien charmé deux femmes quelconques.

Et plus longtemps après, j’ai écrit ceci que j’ai gardé en un carnet et que je retrouve (j’écrivais pour me soigner).

Mon moi le plus lucide était ailleurs, pendant ce dénouement. J’ai été conduit par un vague instinct d’imiter ce qu’on fait ordinairement, et non par ma pensée la plus juste. Je n’ai voulu tromper personne, puisque j’ai cru agir suivant ma loi vraie. Cette sorte de défaillance est venue de faits extérieurs, bien prévus, mais contre lesquels mon cœur s’est révolté.

Non, les actes d’un être ne changent pas mon sentiment sur lui. Je le vois et l’admets tel qu’il est et ses actes sont conséquences de ce qu’il est.

Elle a été perfide, menteuse et méchante ; elle a puérilement compromis la bonne entente de nos âmes pour des intérêts temporels et bas. Je l’ai aimée pour ce qu’elle a de mieux, en sachant tout cela possible, puisque je savais qu’elle avait déjà profané l’amour