Page:Cros - Le Collier de griffes, 1908.djvu/223

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naturel en laisserait sentir le tremblement. Tout cela est bien pénible et je n’en vois pas la fin.

J’aime son âme et je suis sûr qu’elle aime la mienne. J’ai rêvé des transactions folles à lui proposer. Je voudrais qu’elle fût ma sœur ; car je n’aurais d’autres désirs que de la voir souvent, de regarder dans le fond de ses yeux, sans qu’il pût y avoir aucune raison de trouble entre nous.

J’ai pensé : Pourquoi nos attitudes menteuses ? Nous nous sommes trouvés seuls et nous n’avons plus parlé le langage de la veille. Quand je la reverrai, je lui dirai : « Avez-vous de la mémoire ? » Elle me répondra que oui, et je reprendrai : « Alors - pour commencer, moi, je pourrais craindre les refus froids et hautains - jette donc tes bras autour de mon cou et colle tes lèvres aux miennes. Faire autre chose serait faux. Nous avons été plus que frère et sœur. Et on ne cesse jamais d’être frère et sœur. »

C’était là un projet que je n’ai pas accompli.

Je l’ai revue, pourtant, et souvent. Elle a lu de mes vers qui parlaient d’elle je lui ai lu moi-même de ces vers où je la fustigeais, d’autres où je me souvenais mélancoliquement, d’autres où je disais ma rancœur lasse. Je n’étais franc que dans mes vers, et après les avoir lus, je devenais, malgré moi, faussement folâtre et distrait ou bien triste pour des motifs extérieurs.

Un soir, elle me fit signe des yeux (comme autrefois !) de venir m asseoir là. C’était la première fois,