Page:Déguignet - Mémoires d un paysan bas breton.djvu/50

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— Voici un jeune engagé volontaire, n’est-ce pas, mon ami ?

— Oui, monsieur.

— De quel pays êtes-vous ?

— Du Finistère, monsieur.

— Ah ! un petit Breton ! Et vous avez fait beaucoup d’études ?

— Aucune, monsieur, excepté celles que j’ai pu faire seul en gardant les vaches, chez M. Olive, de Kermahonec.

Et lui, après m’avoir fait lire quelques lignes :

— Cependant, vous lisez très bien et votre écriture est assez bien. Un peu de courage et de bonne volonté et vous arriverez.

— Je le voudrais bien, monsieur, c’est mon plus grand désir.

Il nous donna alors la petite brochure que je possédais déjà et nous dit de chercher le cantique n° 8 que nous allions chanter en chœur. Ce cantique commençait par


    Te souviens-tu, jeune enfant de la France,
    Jeune guerrier gardien de son drapeau, etc.


et se chantait sur un air connu de tous les soldats. Après le cantique, ce furent les prières du soir, puis les deux messieurs vinrent serrer la main à leurs « chers amis », en nous invitant à revenir le plus souvent possible : hélas ! ce plus souvent possible était tout au plus deux fois par semaine. Ils le savaient bien, du reste, ces messieurs, que nous étions retenus par le service, les manœuvres, les marches militaires et les revues, que Castellane se souciait peu de l’instruction des soldats, si ce n’était de leur instruction militaire, et qu’il se chargeait de nous la donner dans des manœuvres éreintantes, en faisant monter des fantassins, avec armes et bagages, en croupe derrière les cavaliers dont les chevaux, peu habitués à ces sortes de manœuvres, envoyaient à terre cavalier et fantassin.

Nous l’avons entendu, un jour, dire à un commandant de chasseurs à pied de se jeter vivement dans le Rhône avec son bataillon, pour surprendre l'ennemi qui se trouvait de l’autre côté ; ce commandant eut le courage de lui répondre : « Maréchal, veuillez passer le premier » ; il en fut quitte