Page:Déguignet - Mémoires d un paysan bas breton.djvu/83

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des champs et des jardins bien cultivés, des arbres dont le nom nous était inconnu ; l’Arménien nous donna le nom des espèces qui étaient les plus nombreuses : c’étaient des oliviers et des cactus géants. Les oliviers me rappelaient certains joncs verts de mon pays.

Nous pouvions aller à Jérusalem d’une seule traite ; mais notre Arménien préféra passer la nuit dans une espèce de bourgade appelée Ramleh, chez un ami qu’il connaissait pour un excellent hospitalier. Il y avait là un grand couvent de moines franciscains, qui logeaient les pèlerins et même les touristes, moyennant finances, bien entendu. J’aurais bien voulu aller voir ce couvent et ces moines, parmi lesquels il y avait, disait notre hôte, beaucoup de Français ; mais nous étions trop fatigués, dix fois plus que si nous avions fait la route à pied et sac au dos. Nous fûmes du reste fort bien reçus chez l’ami de notre ami, qui était un musulman : on sait que la première vertu des enfants du Prophète, c’est l’hospitalité.

Nous couchâmes par terre sur des nattes, avec des couvertures blanches pour nous envelopper. Le lendemain, nous nous mîmes en route de très bonne heure, avant tous les autres voyageurs, pour avoir moins de poussière. À quelque distance de Ramleh, le pays avait complètement changé, on ne voyait plus de champs cultivés, plus de jardins, plus d’arbres, ni même aucune espèce de verdure ; de tous côtés, des montagnes brûlées. Le ciel avait aussi à peu près la même couleur que la terre. Cela ressemblait bien au pays du prophète : l’abomination de la désolation.

Nous étions dans la Judée, le pays de Juda, la plus grande des douze tribus d’Israël, puisque c’est d’elle que le Sauveur du monde est sorti. Nous marchions très vite, ce jour-là, afin d’échapper aux cavaliers qui nous avaient fait trop de poussière la veille. Bientôt nous poussâmes, mon camarade et moi, spontanément, un petit cri de : « Ah ! Ah ! voilà Jérusalem ! » En effet, du haut d’une colline, on apercevait presque toute la ville, ses maisons blanches, ses dômes, ses clochers, ses minarets. Notre ami nous montra l’endroit où tous les pèlerins s’arrêtaient pour embrasser la terre et chanter en chœur le Cantique des cantiques. Nous n’étions pas des pèlerins, nous avions l’air de deux jeunes touristes ou peut-être