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Page:Déjacque - La Question révolutionnaire, 1854.djvu/16

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cette légalité liberticide déduite ou extorquée de la constitution Marrast.

Non seulement alors M. Bonaparte est hors la loi comme l’étaient tous les gouvernements qui l’ont précédé, non seulement lui, le prince, le président, l’empereur, mais hors la loi aussi est le bourgeois, propriétaire, banquier, boutiquier, industriel, – le maître exploitant le travail, la production, la misère et la faim du prolétaire.

Oui, hors la loi ! Et il est de droit, et il est de devoir, – quand on en a les moyens, la puissance, –de protester contre l’oppression bourgeoise ou princière, et par le fusil en s’insurgeant en masse, bannière au vent, sous le soleil des barricades, et par le couteau en s’insurgeant individuellement, seul à seul, à l’angle d’une rue déserte et sous le voile de la nuit. Tuer et dépouiller un prince de son sceptre, tuer et dépouiller un bourgeois de son or, ce n’est pas tuer et dépouiller un homme : c’est détruire une bête féroce et la dépouiller de sa fourrure ; c’est, pour le prolétaire, à toute minute des vingt-quatre heures du jour, un cas de légitime défense.

Qui de vous oserait jeter l’anathème au serf du Moyen Age secouant la torche au seuil de son seigneur, et l’ensevelissant dans sa couche sanglante, au milieu de son manoir féodal craquant et se tordant sous l’étreinte de l’incendie ? Qui oserait jeter l’anathème à ce serf rachetant par le fer et le feu sa liberté ravie ?

Qui de vous oserait jeter l’anathème à l’esclave des temps antiques frappant le patricien aux lueurs d’une orgie, lui arrachant pleine d’entre les mains et les lèvres sa coupe d’or massif, et,