DE LA PROPRIÉTÉ
Que serait l’autorité gouvernementale, même avec le concours de la religion, cette racoleuse des âmes, si elle n’avait pas le jaunet de la propriété pour racoler les bras, le capital pour créditer la force. Ce serait un despotisme manchot, fort en danger, au moment où il voudrait faire le crâne, de recueillir, au lieu d’obéissance servile, maints horions du John Bull populaire ; une débitante d’arbitraire à la veille de fermer boutique pour cause de fin de bail et faute de consommateurs qui veuillent s’ingurgiter de sa drogue.
Malheureusement l’idée de propriété individuelle n’est pas seulement dans l’esprit des bourgeois, elle est aussi dans le cerveau des prolétaires, et elle y est tellement en relief, que de pauvres souffreteux, – qui n’ont pas une blouse à se mettre sur le corps, pas un morceau de pain à se mettre sous la dent, – se signent en criant aux partageux ! Comme si, – en supposant que le communisme fût le partage, ce qui n’est pas vrai puisque c’est tout le contraire, – il n’y aura pas, à partager, avantage pour eux dans une société où ils n’ont rien, et où d’autres ont tout…
Cependant, si l’idée de propriété collective répugne encore aux populations atrophiées par la misère, il est une chose qui leur répugne au moins autant, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme.