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Page:Déjacque - La Question révolutionnaire, 1854.djvu/56

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Et qu’on ne vienne pas répéter que le peuple est trop ignorant ; que c’est lui mettre entre les mains un instrument dont il ne saurait se servir ; qu’il faut attendre, et que c’est à ceux qui ont la science à le gouverner. Non, répondrai-je à ces culottes de peau de la révolution, à ces décembraillards de la dictature. Ce n’est qu’en forgeant qu’on apprend à être forgeron ; ce n’est qu’en faisant des lois que le peuple apprendra à les bien faire. Je sais bien que l’apprenti forgeron se cogne plus d’une fois sur les ongles avant de savoir bien forger. Cela lui apprend à apporter plus d’attention à ce qu’il fait, et, comme on dit, « ça lui fait entrer le métier dans les doigts ». Le peuple apprenti-législateur, se cognera bien aussi dessus quelquefois en légiférant, cela lui apprendra à examiner de plus près les propositions et à mieux manier son vote. Et si, un jour, il fait de mauvaises lois, le lendemain, il en sera quitte pour les mettre au rebut et en forger et en marteler de meilleures.

Mais, avant d’en arriver là, il y a un obstacle matériel à briser, – c’est l’empire ; un autre moyen d’opération à employer, – c’est l’insurrection. Quoiqu’il en soit de ses sept ou huit millions de suffrages, l’empereur trône sur un cratère. La lave fermente au fond du gouffre. La tourmente de Juin 48 et les agitations stériles qui l’ont précédée ou suivie ont bien en partie, il est vrai, épuisé la fougue, éteint l’énergie insurrectionnelles de la génération qui passe ; – mais la jeune génération monte ; l’idée sociale bout dans son cerveau et aura bientôt atteint son degré de force ascensionnelle. Si le Bonaparte ne pratique