Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/155

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plûpart n’en faſſent pas grand cas, puisqu’ils ſe ſoucient ſi peu de le faire éclater. Diſons mieux : le génie n’eſt pas moins rare chez les hommes que chez les femmes, puisque malgré l’éducation, l’étude & les occupations ſublimes auxquels ils ſe livrent, les hommes de génie ſont encore ſi peu communs.

Pourquoi Sapho, pourquoi la femme que vous ne nommez point, pourquoi celles que j’ai citées, & dans les ouvrages de qui l’on trouvera ſûrement du génie, quand on ſera moins prévenu que vous contre le ſexe, pourquoi, dis je, ont elles leur part de ce feu qui dévore ? C’eſt que le génie eſt un don du Ciel qui ne s’acquiert point : il pourroit même reſter toujours enſeveli chez les hommes à qui la nature l’a bien voulu accorder, ſi l’éducation & le goût ne parvenoient à le développer ; ce n’eſt donc qu’après avoir donné aux femmes la même éducation que l’on donne aux hommes, qu’on pourra décider ſi la nature leur a refuſé une faveur qu’elle a accordée à un très petit nombre d’hommes. Les Lions n’ont pas plus de courage que les Liones ; ils ont peut-être plus de force ; quant à l’inſtinct, il ſemble entre tous les Animaux qu’il ſoit plus fin, plus éclairé, plus induſtrieux chez les femelles que chez les mâles.

Pourquoi le génie ne ſeroit-il pas reparti de la même façon entre les hommes & les femmes, que l’inſtinct parmi les Animaux ? Encore un coup, ne jugeons qu’après l’expérience, & nous aurons bientôt une nou-