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INTRODUCTION.

l’on établit que le devoir d’obéir comporte, à cet égard, une distinction, on se déclare soi-même pratiquement juge de cette distinction, juge dès lors de ce qui est de Dieu et de ce qui est de l’homme dans les choses commandées, juge de la vérité infinie, de la justice infinie, — et le système croule par sa base.

Que si, au contraire, on l’accepte avec ses conséquences nécessaires, il en résulte la consécration absolue, divine, de tout ce qui peut monter de plus monstrueux dans l’esprit et dans le cœur des hommes préposés aux peuples pour les conduire. Le principe commun à ces deux théories, en transformant l’ordre de la nature dans un ordre surnaturel, nie donc les conditions de la société humaine, et la détruit par une confusion des lois essentielles de l’Être infini et de celles de l’Être fini, laquelle aboutit logiquement à la déification de l’homme.

De plus, l’une d’elles brise son unité en établissant l’indépendance mutuelle de l’esprit et du corps, qui ne peuvent subsister qu’unis ; et l’autre, par une fausse vue d’unité, en s’efforçant d’absorber le corps dans l’esprit, ce qui serait l’abolition de la vie terrestre, tend, par l’invincible besoin de vivre, à l’absorption de l’esprit dans le corps.

Il s’en faut beaucoup que ces doctrines, d’une absurdité si funeste, aient cessé de régner ; elles sont, au contraire, encore aujourd’hui le fondement et la