Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/121

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je ne vous ai pas tout dit : l’Empire est fini ; on a décrété sa déchéance et la République vient d’être proclamée à Paris.

— Ah ! bah ! Quand ça ?

— Aujourd’hui. Aussitôt la dépêche officielle arrivée, on va la proclamer ici. Restez donc ; vous allez voir ça. Tenez ! vous apercevez bien Vilain qui se promène dans la cour de la mairie, les mains derrière le dos. Eh bien ! il attend la dépêche pour grimper sur une chaise et proclamer la République. Vilain, vous connaissez bien ? Vilain l’adjoint, Vilain l’avocat qui a plaidé contre le séminaire et qui a flanqué une volée à sa femme pour l’empêcher d’aller à la messe. C’est un pur, celui-là ! Un vrai ! C’est l’homme des principes ! L’oubli des principes ! L’oubli des principes, mon cher ami, voilà ce qui nous a perdus ; on le disait tout à l’heure à côté de moi, et c’est bien vrai… Les principes ! Les principes d’abord !…

Moi, j’ai peur, je ne le cache pas, j’ai peur.

J’ai vu justement ce matin, chez mon grand-père, une vieille gravure qui représente Charlotte Corday conduite à l’échafaud par une bande de sans-culottes.

Je me tourne vers ma sœur.