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confessionnaux, au lieu d’aller te battre, en 1870. — Regarde-les souffrir, ces hommes que les gredins de ton espèce condamnent à une perpétuelle misère ; ces femmes dont tes amis, les crapules en robes noires, sont arrivés à faire un peu moins que des femelles ; ces enfants qui ne deviendront des hommes que le jour où ils te jetteront à la voirie, toi et ta bande. Regarde toutes ces pauvres bêtes à faces humaines ; regarde défiler leur détresse morale devant l’orgueil des Académies ; regarde l’ombre de leur misère physique se projeter sur l’implacable pierre des églises. Regarde leurs douleurs, et leurs joies qui sont pires ; regarde leurs vices, et leurs vertus qui sont pires ; regarde ce qu’elle a fait d’eux, la bonne souffrance. Regarde — et avale ta langue avec ton hostie, bedeau !

Si la souffrance était bonne à quelque chose, elle aurait appris aux pauvres la nécessité de la révolte. Au lieu de leur enseigner l’étroite fraternité de l’appui mutuel dans l’infortune et de l’aide dans la misère, elle leur aurait donné le secret de la fraternité large et haute pour l’action libératrice. Elle leur aurait appris que l’honnêteté qu’on leur prêche, qu’ils pratiquent et dont on les loue n’est qu’une chose dérisoire, rognure de philosophie d’esclaves, haillon de morale piqué par le stylet des sophistes sous le gibet d’un supplicié. Elle leur aurait appris, par les dures leçons qu’elle donne, à se défier des mensonges et des sottises dont on endort leur misère, dont on aveugle leur servitude. Mensonges et sottises utiles à la conservation du despotisme bourgeois, mais d’une grossièreté tellement flagrante que les pauvres devraient avoir honte de ne point les avoir rejetés depuis longtemps. Ne va-t-on pas jusqu’à affirmer sans rire qu’il faut être honnête pour combattre la malhonnêteté ? Quelle farce ! C’est déclarer qu’on ne peut éteindre un incendie qu’avec de l’eau frappée. D’ailleurs, tant que les distinctions de classes existent, je ne crois pas qu’il soit bon qu’une caste empiète sur les privilèges d’une autre. Pauvres, laissez donc l’honnêteté aux Riches ; elle leur appartient. Et ils s’en chargent.